On glose sur la tendance du Thrash à perpétuellement se ressourcer vers son passé, mais le Death semble t’il connaît la même propension à aller chercher du côté de ses racines de quoi faire pourrir l’arbre de vie. Les exemples sont certes moins nombreux que ceux transformant la vague Thrash old-school en déferlante, mais les groupes réfutant tout principe d’évolution limpide sont aussi nombreux si j’en juge par le volume de sorties depuis quelques années. Il est certain que le Death des origines, si violent et putride, reste une référence absolue pour la nouvelle génération, mais peu sont parvenus à retrouver le souffle rauque de ses premières exhortations à la violence larvée. Peut-être pouvons-nous ajouter à ce recensement le premier album des grecs de WAR POSSESSION, qui n’ont cure des progrès technologiques et des concessions de composition, et qui se retournent pour voir dans leur rétro embué les silhouettes fantomatiques de grands anciens sans user du pilotage automatique.

Un brin d’histoire cependant, puisque la leur ne date pas d’hier. Les originaires d’Athènes se sont donc regroupés en 2008, provenant tous de formations différentes comme EMBRACE OF THORNS, MERCILESS CRUCIFIXION ou WARGOAT, dans un désir commun de coller aux préceptes de base d’un Death guerrier et barbare. Fasciné par l’approche passéiste des BOLT THROWER, DEMIGOD, TREBLINKA, TERRORIZER,

NAUSEA, ASPHYX, INCANTATION et autres ARCHGOAT, le quatuor (Vaggelis : chant, Haris : guitares, Bill : basse et George : batterie) a donc pris son temps pour imposer son propre son, au travers d’une première démo (War Promo 08), avant d’attendre quelques années pour proposer son premier EP (Through The Ages), qui sans qu’ils s’y attendent, préfigurait de longs mois de silence qui se sont transformés en quatre ans d’absence discographique, sans aucune autre explication…

Redémarré l’année dernière, le projet allait enfin pouvoir avancer, et compter sur le soutien du label espagnol Memento Mori, qui a parié sur l’efficacité d’un premier longue-durée qui ose enfin l’exhaustivité de compositions corsées. On attendait de pied ferme cette première livraison qui allait pérenniser l’œuvre des grecs tourmentés, et osons la conclusion prématurée, Doomed To Chaos est une franche réussite, qui à l’image de son titre, impose le bruit, la fureur et la destruction comme valeurs majeures, sans autre forme de considération. Sur cet album, tout a été voulu laid, repoussant, bruyant, parfois au-delà même du fracas, entre délires en blasts et écrasement soudain de la colonne, pour une promenade qui ne privilégie pas vraiment la santé sur le danger. Le Death des athéniens a fini par nous atteindre, et nous laisser exsangues, certains d’avoir retrouvé là l’essence des premiers albums made in 90’s du genre, vague suédoise en tête de gondole pour cette froideur de ton qui nous rappelle même nos satanés MASSACRA. Certes, l’optique est d’usage, mais le talent de composition est patent, durant les quarante minutes de ce premier album décidemment bien méchant. Paré d’une production fantastique, qui donne aux guitares une ampleur presque mystique, Doomed To Chaos se frotte à la rigueur clinique des premiers ASPHYX, sans pour autant occulter le rigorisme gelé des ENTOMBED et autres UNLEASHED. Et si la référence INCANTATION domine les débats de sa lourdeur oppressante, elle n’en est pas pour autant l’influence ultime, tant le quatuor joue avec les tempi et les breaks pour nous prendre à revers, osant même le clin d’œil torve MORBID ANGEL en plus d’une occasion. Impossible de ne pas citer non plus SUFFOCATION, pour ce mélange de brutalité crue et de technique ardue, mais à vrai dire, les WAR POSSESSION ont suffisamment attendu pour voir leur identité propre retenue.

Alors, ça joue, froid, ça pilonne, droit, et ça concasse les oreilles sans pour autant jouer les nostalgiques sans réveil. Si le fond domine de son respect des codes, la forme prend des libertés pour frapper encore plus fort, et piétiner parfois les limites entre Death et Grind, sans arrière-pensée (« Doomed To Chaos », apocalyptique, mais à la mélodie sous-jacente bien prenante). Et après une intro grandiloquente qui plante le décor, le déluge nous surprend de son intensité qui ne semble jamais faiblir, même dans les passages les plus Doom. Mélange des genres ? Non, perméabilité à tout ce que le style se prête à offrir de plus nauséabond, pour un LP qui donne le ton, et vous l’enfonce dans le crane pour une trépanation. Si la distribution homogène du timing nous pousse souvent sur la lisière des quatre ou cinq minutes, les idées sont suffisamment conséquentes pour ne pas lasser, même si l’attaque est perpétuellement intensifiée par une section rythmique déchainée. La voix ignoble et à peine discernable de Vaggelis se pose sur un tapis Noise en fantôme de vocaliste immonde, et prend très au sérieux son rôle de conteur de l’extrême qui n’a pas oublié les exportations des chanteurs de légende. Mais c’est vraiment cette ambiance délétère qui nous prend à la gorge, et cette nuance de violence, qui sans perdre en pression, dégage quand même de vilaines impressions, un peu comme si une mort soudaine nous fauchait sans nous faire souffrir. La démonstration en est offerte par le létal « War Is The Father And King Of All », qui ose les riffs en circonvolutions, alors que la basse écrase les harmonies au pilon.

Factuellement, pour se faire une idée précise de ce qui vous attend, il suffit de jeter un coup d’œil à cette superbe pochette vintage en noir et blanc, qui affiche clairement les intentions d’un quatuor véhément. Une osmose incroyable entre tous les instruments, des inclinaisons à une oppression vraiment suffocante (« Slapton Sands Tragedy », plus lourd qu’un MORTICIAN maudit et plus grave qu’un DISEMBOWELMENT bien pourri), et surtout, une concision de tous les diables, qui leur autorise même quelques débordements bien catchy (« The Sword Of Stalingrad », seule incursion plus en aval dans le temps, et proche de l’école Néo-Death scandinave). Mais pas de soucis à se faire, seul l’éternel d’enfers figés et pétrifiés les concerne, ce que l’outro dantesque « Mass For The Dead » confirme, toisant même de ses éclairs un AUTOPSY certainement intrigué de l’outrecuidance ce ces acharnés. Le travail accompli justifie amplement des années de préparation consacrées à élaborer un produit fini peaufiné, qui a pourtant su garder l’authenticité des premiers jets, et leur pigment au gros grain irritant. Rien de neuf, mais une belle prouesse qui nous empeste les narines de ses parfums tous plus malsains les uns que les autres, et une belle adaptation des dogmes séculaires dans un contexte de production presque contemporain. Et finalement, on se dit avec étonnement que le Death, lorsqu’il est pratiqué avec autant de ferveur, reste le style barbare le plus jouissif, pour peu qu’il ne se contente pas de fouiller les caniveaux de la créativité pour s’affirmer. Doomed To Chaos pue la mort et la fureur, et il n’y a rien que vous puissiez faire pour vous en préserver.

A compter que vous le souhaitiez…


Titres de l'album:

  1. March into Hell (Beyond the Chaos Gate)
  2. Operation Neptune
  3. God of a Wicked Mind
  4. Verdun Hell
  5. Doomed to Chaos
  6. War is the Father and King of All
  7. Slapton Sands Tragedy
  8. The Sword of Stalingrad
  9. Haunted by Carnage
  10. Mass for the Dead

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par mortne2001 le 16/11/2017 à 14:31
78 %    215

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Simony
@212.157.240.242
16/11/2017 à 15:03:45
En effet, ça sent bon la putréfaction ce truc là ! Chant bien noyé dans la reverb', des leads de guitare bien marquant, du beau boulot ! Merci pour cette découverte.

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Enfoiré :D Mais c'est ça, lu (beaucoup) trop vite donc compris de travers et je m'en excuse ;).
Rien à voir mais j'en profite, y'a du monde qui va à Morlaix pour la date la plus bestiale de l'année ce samedi ?


On a lu le même livre Grinder92 !!