Question. Le Thrash a-t-il une date de péremption ? Après tout, la bière oui, les chips aussi, ainsi que les roulettes de skate et les shorts mal lavés. Sans parler du shampoing pour faire briller les cheveux longs, les caleçons, et les posters de MÖTLEY CRÜE. Sauf que le Thrash, intrinsèquement, n’est pas un produit de consommation, mais bien une affaire de passion. Et les passions ne vieillissent pas, les thrasheurs non plus, du moins dans la tête. Il n’est donc guère étonnant de constater que plus de trente ans après son émergence, le style continue de faire des émules acharnés, se croyant encore aux temps bénis non des colonies, mais bien de la sacro-sainte Bay Area. Mais une fois n’est pas coutume, nos pistoléros du jour ne viennent pas de Californie, mais bien de l’Arizona, comme leurs confrères de FLOTSAM & JETSAM, à la différence près que dans leur cas, Mesa se substitue à Phœnix. Mais peu importe, puisque seul le contenu de leur breuvage musical compte, et celui-ci est plutôt du genre corsé aux entournures, mais sans faux-col, et servi avec énergie. Sans avoir plus d’infos les concernant, les sites abordant leur cas (y compris leurs pages officielles) restant plutôt opaques niveau date de naissance et parcours, je peux vous affirmer que les BLACK PHANTOM ne sont pas du genre à fureter dans l’ombre avec des chaînes, mais semblent affectionner le rôle de superhéros Thrash qu’ils se sont eux-mêmes confié, nous sauvant du marasme à grands coups de rythmique aplatissante et de riffs décapants. Ayant déjà à leur actif un premier longue-durée éponyme, publié l’année dernière, les arizoniens déglutissent plus vite que Lucky Puke, et nous offrent donc une suite en 2018, toute aussi intense et rapide que leur début de carrière discographique.

Alors, le contenu moussu ? Du Thrash bien entendu, mais version assez étoffée et condensée pour une épiphanie de violence qui les rapprocherait justement de certaines références, dont…VIO-LENCE. Même goût prononcé pour les accélérations brutales, même démence dans la voix, même breaks soudains qui cassent les reins, mais derrière cette analogie flagrante se trouvent aussi quelques autres accointances, notamment avec les merveilleux et regrettés ACROPHET, pour ce joli parfum Hardcore de prophète, sans oublier de mentionner les plus contemporains MUNICIPAL WASTE et autres IRON REAGAN. De l’intensité donc, mais surtout de la profondeur dans la frondeur, pour une petite demi-heure qui passe bien trop vite et demande un poil de rab. Pas le temps de s’ennuyer donc, d’autant plus que ce quatuor à puces (Allen Jackson - Lead, Justen Gerardo - rythmique, Matthias Mattimias - basse/chant et Brent Traina - batterie) use d’astuces pour nous convaincre du bienfondé de sa mission, en enrobant ce second chapitre dans une énorme production. Les guitares se taillent évidemment la part du lion, mais laissent suffisamment de place à l’énorme basse qui taquine l’esprit new-yorkais, et la silhouette dégingandée de l’immense Dan Lilker, lui-même toujours collé aux basques de Frank Bello. On pense irrémédiablement à OVERKILL pour cette place laissée aux quatre-cordes, même si Expiration Date dégage à lui seul plus de souffle que la discographie entière des exilés du New-Jersey. Et de « The Beast » à « KW.P. », c’est à une véritable plongée en apnée à laquelle vous êtes conviés, les quatre musiciens n’étant pas décidés à vous laisser respirer.

Outre une collection de riffs à faire pâlir la paire Holt/Hunolt, une percussion rythmique à donner des sueurs froides au tandem Araya/Lombardo, et des embardées vocales à faire rougir Bobby « Blitz » Ellsworth, les BLACK PHANTOM peuvent aussi s’appuyer sur des idées et thématiques variées pour nous faire craquer. Pas avares de changements de tempo, les quatre héros s’envolent vers les paradis Thrash des années 88/89, et nous troussent vite fait, bien fait, neuf hymnes à l’ultraviolence d’antan, frisant parfois les excès du Thrashcore sans tomber dedans. Alors certes, et une fois encore les détracteurs farouches mettront en avant le côté peu inédit de cette affaire, mais qu’ils aillent tricoter avec leur grand-mère en enfer, puisque nous parlons ici de folie, d’énergie, de furie, et niveau cahier des charges, les colonnes sont relativement bien remplies. Impossible de résister à l’orgie de débauche sonique qui se déroule dans nos tympans déjà meurtris, spécialement lorsque l’ambiance dégénère au point de suggérer une union contre-nature entre les VIO-LENCE et S.O.D (« The Dead Walk the Earth »), ou qu’elle se rapproche d’un headbanging dément dans la fosse d’un concert d’OVERKILL en forme d’évènement (« Expiration Date », au solo approximatif qui pleure ses gammes). Il n’est d’ailleurs pas interdit de rapprocher ces gens-là d’une autre bande proche du trépas, en citant la brutalité outrancière et euphorique des RIGOR MORTIS, dont certains morceaux présentés ici auraient pu terminer sur leur setlist. On retrouve cette même science du riff complètement barge immédiatement suivi d’une séance Mosh en carnage, cette même envie d’en découdre qui bave de partout, et cette fascination pour les monstres et autres atrocités de foire.

Alors, on slamme ? Plutôt deux fois qu’une, et la tête en avant pour que les autre se la prennent franchement, écrabouillés par des accélérations damnées qui retournent le cerveau et le laissent fracassé (« Blood Oil », appuyer à ce point sur le champignon, on tient des champions). On slamme velu et goûtu, parce qu’en sus d’être des musiciens complètement impliqués, les BLACK PHANTOM sont avant tout des passionnés, qui réconcilient la précision des SLAYER et la maladie mentale des RIGOR MORTIS (« Savage Nature », qui peut même faire penser à un MACABRE enfin carré), et qui ne s’éternisent jamais lorsque le chrono leur fait signe de s’en aller. Pas plus de trois minutes, sauf pour le maléfique « Dreading the Witch » qui ose les mélodies typiques de la NWOBHM sur fond de basse méchamment Hardcore et de climat Thrash jusqu’à la mort (avec même en cadeau bonus quelques blasts en tonus). Un peu Heavy, salement Punk, mais franchement enthousiasmant, ce second LP prouve que ces jeunes gens jouent le style comme si leur réputation en dépendait (ce qui est immanquablement le cas), et toise de sa superbe la production old-school actuelle, qui peine à prendre des risques pour intensifier un peu le propos et le relever du ras des pâquerettes modérées. Mais en l’état, et en toute objectivité, Expiration Date place la barre très haute pour ce mois d’octobre, et les nostalgiques de la rythmique épileptique vont avoir fort à faire pour essayer de la dépasser. Voire de l’atteindre. Voire de la voir. Le Thrash n’a donc pas de date d’expiration, et vous pouvez donc consommer cet album sans préjugés, il ne vous saoulera jamais et vous permettra de faire quelques exercices physiques en toute tranquillité.  


Titres de l'album :

                        1.The Beast

                        2.I Am the Wolf

                        3.Dreading the Witch

                        4.Blood Oil

                        5.Expiration Date

                        6.The Dead Walk the Earth

                        7.Dreams of War

                        8.Savage Nature

                        9.K.W.P.

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par mortne2001 le 17/10/2018 à 16:48
80 %    115

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


joelindien
@94.199.125.58
25/10/2018 à 15:08:50
merci pour la decouverte ! une tuerie ! mon album thrash de l'année !

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