« Pour avoir la foi, il faut être charbonnier, pour être mal chaussé, il faut être cordonnier
Pour séduire la foule, faut chanter la pêche aux moules, et pour pas payer d´impôts, il faut naître à Monaco!
»

Et pour faire de la musique qui ne ressemble à rien, et se balader sans ressembler à personne, il faut aussi naître à Monaco ? Bon, merci Joe pour cette intro en tout cas, même si j’en connais deux qui PEUVENT siffler l’apéro ET l’opéra. Bon, certes, leur opéra à eux ressemble en tout point à la crise de conscience Caruso de tonton Marcel qui se coince les pieds dans la porte façon Castafiore, mais après tant d’années à défendre la cause d’un extrême iconoclaste et aventureux, on ne peut pas vraiment en vouloir aux HARDCORE ANAL HYDROGEN d’en rajouter une couche. Une couche triple épaisseur d’ailleurs, ce qui convient parfaitement à leurs obsessions en stade anal, puisque ce quatrième longue durée de la bande (et le second pour Apathia Records, qui visiblement n’en a pas eu assez avec le précédent) ne déroge à aucune règle, et fait tampon (sic) avec la philosophie du poirier qui consister à composer la tête en bas avant de se mettre debout pour voir à quoi tout ça ressemble. Les HARDCORE ANAL HYDROGEN et le reste du monde, c’est un peu une histoire d’amour à base de zone défiscalisée et de Hardcore vraiment secoué, un genre de relation amour/tripes qui prend à la haine, et qui vous fait attendre leur retour comme celui d’Ulysse, à rebours. Impossible de coincer ces oiseaux-là dans une volière quelconque, puisqu’ils volent tout autant en piqué qu’en dératé, et qu’ils frôlent le sol pour mieux s’en éloigner. Et c’est peu dire que Hypercut plane à des hauteurs conséquentes tant il sent le grisant, les nuages, la stratosphère, et la liberté, notions certes prises dans le désordre, mais louées par une musique affranchie de toute obligation et de toute raison.

Mais en dehors de cette lénifiante prose, et puisque leur label les impose (avec élégance et politesse), que peut-on dire à propos des monégasques qui n’ait été déjà dit cent fois ? Dire que leur quatrième album par exemple est aussi fou que les précédents, mais toujours aussi cohérent dans la démesure, qu’il bénéficie d’une production sur mesure, et qu’il pratique avec toujours autant de déraison le Metal et le Hardcore en fusion, tâtant du Death, de l’Indus, du Thrash, du Néo, de la guinguette, de la braguette, sans pour autant se montrer trop disparate pour séduire les nénettes ? Oui. Un genre de flamand rose à une seule patte qui se casse la gueule quand il s’endort, d’assemblée de trublions qui savent très bien ce qu’ils font, et un genre de Fusion ultime qui prône la déconstruction come oraison. La recette est connue et appliquée depuis Fork You, en 2009, et si la marge de progression entre ce dernier-né et son aîné The Talas Of Satan (de quatre ans plus grand maintenant) ne se mesurera qu’avec le temps, on peut déjà lui prédire une enfance au parfum charmant, à peu près autant que ces allusions Jazz et Grind qui lui siéent tant. Car Sacha Mouk et Martyn Circus sont des esthètes du bordel ambiant, et savent placer la mauvaise influence au bon moment. Ainsi, si cet album est d’ores et déjà ce qui se fait de mieux depuis Django Reinhardt et ANAAL NATHRAKH (c’est le groupe qui l’affirme, et je ne contredis jamais des infirmes), il ne fait aucunement plus tâche que les autres au milieu de cette discographie en déclaration d’intention. Mais si d’ordinaire vous n’étiez pas familier à leur univers, sachez que la naissance des HARDCORE ANAL HYDROGEN résulte d’une expérience malheureuse de triolisme entre John Zorn, CARNIVAL IN COAL et Charlie Oleg, saouls comme cochon après une tournée triomphale dans le Massif-Central. Non, les capotes ne sont pas faites pour les chiens, et lorsqu’on omet de s’en glisser une, l’erreur est inhumaine et ne pardonne pas, et donne une bande son à cheval entre Hardcore Henry et La Nuit des Morts-Vivants. Le tout supervisé par Howard Shore, en train de finir le montage du dernier Michel Gondry. C’est vous dire le bordel.

Tout ceci est évidemment très cocasse, tout comme ma prose lénifiante, mais la chose est à prendre avec le plus grands des sérieux. Car aussi fouteurs de merde soient ces gens-là, ils travaillent avec application et soignent la finition. On a beau se revendiquer pêle-mêle des Steve REICH, BEATLES, MESHUGGAH, APHEX TWIN, Jean Michel JARRE, Pierre HENRY, Little RICHARD, John COLTRANE, George A. ROMERO, ou NAPALM DEATH, il faut quand même avoir un maximum de talent pour faire ressembler n’importe quoi à une symphonie de bon aloi. Et comme d’habitude, Hypercut remporte la palme d’hélium, avec son cocktail chargé de Metal extrême qui n’a pas peur de se frotter au folklore, à la Pop, à l’expérimental Trip-hop, tout en gardant en ligne de mire que l’ensemble doit ressembler à la bande son d’une vie dédiée à l’affranchissement de toute contrainte. On peut s’amuser très religieusement, et ce quatrième LP fait largement partie du haut du panier en termes de musique inclassable. Il est tout à fait possible de rapprocher le tout d’une explosion entre les mondes de Frank ZAPPA et d’IGORRR, à compter que vous poussiez le volume sonore pour apprécier les finesses d’ornements bien moins grossiers qu’ils n’en ont l’air. On trouve même de çà et là des éléments de musique filmique, comme si Mike Patton s’était soudainement rappelé de sa passion pour Brian De Palma (« Phillip », longe suite vraiment envoutante de plus de huit minutes qui ferait le bonheur de n’importe quel réalisateur au monde de Monaco), ou bien des percussions atomiques au premier plan, qui nous plongent dans une hypnose tribale à cent balles (« Murdoc »). Alors certes, les gus savent aussi manier le calembour musical comme personne, et passent pour de joyeux débiles aux blagues qui pèsent une tonne (« Coin-coin », mais des cuivres à la John Zorn et une précision rythmique à la MESSHUGAH), mais ils peinent à cacher qu’ils sont de véritables musicologues et des esthètes de la culture sans queue ni tête, qui ne trompent pas de leurs qualités intrinsèques (on ne compose pas une galéjade de la trempe de « Paul » quand on n’y connaît rien au bouzin.)

En gros, si pour bien dire les vers, il faut être Moulineaux, pour créer un Toxic Experimental Death en dansant le Tango, il faut bien répéter à Monaco.

Moi, je les adore, vraiment, d’amour. Parce qu’en laissant croire à un auditeur lambda que n’importe qui est capable de faire n’importe quoi, ils se font passer en toute humilité pour ce qu’ils ne sont pas. Alors gardez en tête que Sacha Mouk et Martyn Circus sont outre de redoutables musiciens de sacrés compositeurs, parce que balancer une telle purée agencée n’est vraiment pas donné à tout le monde. Loin du foutoir numérique que les esprits chagrins et les assureurs y verront, Hypercut est un gigantesque uppercut à la morosité ambiante, et se veut OST d’une journée parmi pas tant d’autres que ça un peu folle, un genre de légère pluie Jazz de l’âme qui tombe dans la cuvette des chiottes (« Blue Cuts »), ou un pied qui cogne sur le boitier CD de Chet Baker avant de se ruiner le petit orteil sur la table basse en faisant tomber un DVD de Michelangelo Antonioni. Une boutade musicale pour fins lettrés, qui reconnaîtront toutes les références et private jokes disséminées, et qui sauront les apprécier pour ce qu’elles sont. Entre Polka Thrash spatiale (« Daube Carotte »), hymne à la débauche MORGLBL en embrassant une photo d’Arno Strobl (« Entropie Maximum »), et référence télévisuelle à la Gilbert Montagné (« Alain, l’Homme Télévitré »), et finalement en dehors de tout, Hypercut est une défonce entre potes qui parlent cartoon après avoir aspiré l’air d’un ballon piqué dans une fête foraine. Mais surtout, la preuve par A+7² que les HARDCORE ANAL HYDROGEN sont de géniaux tarés.

Ah, et au fait. Qui c’est qu’a pété ?


Titres de l'album:

  1. Jean-Pierre
  2. Coin-coin
  3. La Roche et le Rouleau
  4. Paul
  5. Blue Cuts
  6. Charme Oriental
  7. Phillip
  8. Murdoc
  9. Entropie Maximum
  10. Sproutch
  11. Daube Carotte
  12. Automne 1992
  13. Bontenmieu
  14. Alain, L'homme Télévitré

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par mortne2001 le 22/03/2018 à 17:54
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