WARCALL, c’est un appel au combat évidemment, mais contre qui ? Un ennemi invisible et insidieux ? Une certaine tendance globale à la normalisation artistique de l’extrême ? Ou au contraire, une trop grande ouverture qui dénature le propos violent originel ? Un peu tout ça et autre chose en même temps, mais surtout, l’invasion de notre planète par une horde d’aliens, qui peut servir de métaphore à la situation mondiale actuelle. Peu importe l’ennemi que vous croyez devoir affronter, il ne se tient pas toujours forcément devant vous, et vous allez sans doute devoir le traquer dans l’ombre pour l’annihiler définitivement. Comment ? Avec une franchise musicale évidente, qui s’articule autour de rythmiques bombant le torse et explosant la grosse caisse, de riffs massifs qui savent aussi se faire plus fins pour débusquer dans les recoins, et un chant exhortant à la bataille de ses intonations rauques et graves. Telles sont donc les armes de ces originaires de Montréal, dont l’investissement sur le champ ne date pas d’hier.

Power-trio dans le sens le plus noble du terme, les WARCALL pourraient se concevoir d’une façon simpliste comme une synthèse des trios les plus néfastes (dans le bon sens du terme) de la planète. VENOM, MOTORHEAD, DARKTHRONE, RAVEN, et toutes ces associations qui ont un jour lutté contre l’aseptisation pour imposer des vues et un son, énorme, propre à faire fuir tout envahisseur aux désirs d’implantation un peu trop prononcés. Formé en 2007, après dix années passées à évoluer sous le pavillon PLAN B, les canadiens (Gord – basse/chant, Mat – guitare/chant et Phil – batterie), ce groupe à l’approche multiple a depuis publié pas moins de trois LP (Demonarchy en 2009, Blood, Guts and Dirt en 2013 et III en 2015), témoignant tous d’un bel allant Thrash teinté de Death léger, et subtilement blackisé par endroits, pour aboutir à une mixture efficace, propre à séduire les fans d’extrême comme les amoureux d’un Heavy/Thrash franc du collier, mais pas simpliste pour autant.

On retrouve sur ce quatrième long Invaders tout ce qui a toujours fait leur force, cette osmose entre des musiciens se connaissant bien et regardant dans la même direction, cette finesse d’interprétation qui n’altère pas une puissance tangible, et ces digressions qui font passer un morceau par plusieurs directions, sans perdre de vue le cap initial. Inutile donc de camper sur vos deux jambes, pensant dérouler contre trois barbares à la mine défaite et au poing éternellement tendu, l’affaire est un peu plus complexe que ça, et la bataille attendue préparée dans les moindres détails. Les canadiens sont donc revenus à leurs premières amours, en privilégiant des rythmiques atomiques, ce que l’entame « Mission Commando », au titre honnête démontre en quelques secondes d’intervention. Le son est rêche mais pas trop compressé, et l’envie saute à la gorge dès les premières secondes, partant du principe qu’un blitzkrieg musical ne fonctionne que par effet de surprise. On pense évidemment à une version survitaminée de MOTORHEAD, qui entre deux concerts aurait fait une cure de BM version DARKTHRONE, en trempant son Rock N’Roll dans l’acide de batterie scandinave histoire de le rendre plus corrosif. Les mélodies de guitare suggèrent des accointances entre Adrian Smith et Fast Eddie Clarke, tandis que le turbo compresseur du duo basse/batterie concasse et avance coute que coute, dans une optique Thrash Punk tout à fait crédible.

Si avec ça, les outrecuidants aliens ne comprennent pas à qui ils ont affaire, je veux bien leur faire cadeau de mon premier pressage de Welcome To Hell…  

Toutefois, et c’est sur ce point que les canadiens diffèrent de leurs homologues européens, Invaders ne s’apparente pas à une simple course en avant de bourrins en soif de sang. Les musiciens connaissent le job, et savent que pour se montrer efficace, il vaut varier les mouvements sous peine de prévisibilité fatale dans un affrontement avec une menace palpable. Alors ils modulent, piochent dans le Heavy et le Death mélodique les armes nécessaires à une tenue de front efficace (« Riding With Zombies »), alourdissent et accélèrent le propos pour mieux se montrer imprévisibles (« Bully Bastard »), et avancent progressivement, de façon erratique pour ne pas que leurs opposants puissent prévoir leurs prochains mouvements (« Mass Extinction », gros Heavy Death lourd comme un silence entre deux secouées). Le trio est d’ailleurs aussi efficace dans certains cas de figure qu’une alliance entre un PANTERA bien remonté et un SOILWORK prêt à défoncer (« The Man Who Suffers »), en pratiquant cette ambivalence entre Heavy southern un peu glauque et Néo Thrash mélodique rauque, ce qui leur permet de tracer leur route sur les sentiers désolés sans avoir à pratiquer le surplace ou le repli trop prononcé. Mais quel que soit le style choisi les WARCALL l’adoptent corps et âme, et s’y adonnent à fond, se permettant même parfois quelques digressions Techno-Thrash en insert pour mieux prendre l’ennemi à revers (« Fight Back »), et lui asséner un bon coup à l’envers, sur fond de doctrine DESTRUCTION/DISSECTION (« Black Panther »).

Bien sûr, les coups pleuvent et se ressemblent parfois, lorsque la quantité de douilles tombées finit par atteindre des proportions démesurées (« Through The Dusk »), mais l’ensemble dégage une telle hargne guerrière qu’on est prêt à pardonner quelques erreurs de jugé. Entre la puissance d’une association guitare/basse/batterie qui cogne et tonne sans discontinuer, un chant véhément qui harangue ses troupes sans balbutier, et des soli plutôt soignés qui apportent une caution mélodique à l’ensemble, nous sommes face à un produit spontané mais très travaillé, qui semble puiser son inspiration dans les deux premiers manuels du combo. Oscillant entre humeur Metal et coups de gueule Punk/Death/Hardcore, les canadiens, sans mettre de l’eau dans leur vin, ont atténué les aspects les plus prévisibles de leurs jeunes années pour murir en harmonie. C’est donc un point de convergence entre toutes les urgences qui nous est proposé, et qui trouve sa concrétisation presque parfaite en l’incarnation « Para Bellum », qui ne choisit pas vraiment d’autre camp que le sien. Une sorte de MAIDEN revu et corrigé à la sauce AT THE GATES, pour un point de convergence entre subtilité et efficacité. Cette convergence atteint même son apogée sur un final salement bien troussé, le plus long du lot, « Alien Forces », qui laisse en pointillés un destin humain qu’on ne sait pas encore avec certitude débarrassé de cette menace venue de l’espace.

Des espaces il y en a sur cet album, qui joue clairement sur le tableau du négatif/positif entre surdose, overdose et juste dose, et qui colore sa violence d’harmonies sans perdre son énergie Hardcore. Un modus operandi très malin, qui loin de diviser, va justement rassembler. Et contre l’adversité, rien de mieux qu’une unité des peuples pour permettre à l’humanité de continuer encore un bout de chemin sans trembler. Les WARCALL ne tremblent jamais eux, surs de leur fait. Et avec un Invaders dans la musette, on comprend très bien pourquoi ils peuvent regarder l’avenir avec foi.


Titres de l'album:

  1. Mission Commando
  2. Riding With Zombies
  3. Bully Bastard
  4. Mass Extinction
  5. The Man Who Suffers
  6. Fight Back
  7. Black Panther
  8. Through The Dusk
  9. Para Bellum
  10. Alien Forces

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par mortne2001 le 12/11/2017 à 17:53
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