I - L'Appel

Voici donc un album qui aura connu un parcours hors normes depuis sa sortie initiale. D’abord édité en CD par Naturmacht Productions, la chaumière allemande d’HAVUKRUUNU, de LEBENSNACHT, de MORTIS MUTILATI, d’ONIRISM et de SVADILFARE en octobre dernier, puis en vinyle chez Les Acteurs de L’Ombre de Gérald, et enfin en tape sur le plus modeste Solar Asceticists Production. L’histoire de partage aurait pu s’arrêter là, mais Gérald, pris de passion a pris la décision d’en offrir une nouvelle version digipack en juin 2018, histoire d’asseoir un peu plus la réputation d’un combo qui finalement, n’a pas produit grand-chose depuis sa création en 2007. Un simple split l’année suivant sa création, en compagnie des KAIRN, et puis un silence assourdissant, lors d’un hiatus de trente-six mois, qui prit fin en 2010 sans qu’aucune musique n’accompagne son retour. Sans doute un planning trop chargé, un Clément Flandrois, ex-SVART CROWN trop occupé, à tel point qu’on commençait à se demander si ce projet était viable, ou n’était qu’une simple anecdote dans une ligne de carrière un peu brisée. Et puis, au bout de sept ans, un premier véritable album, alléchant les structures de diffusion et de promotion, et que les fans de Black Metal ambitieux allaient vite ranger sur les étagères de leurs œuvres favorites, non sans raison. Nous saluons donc la réédition de l’objet en question, ce Serpentine que beaucoup ont écouté, que certains ont compris, et que peu ont assimilé, tel quel. Mais est-il facilement assimilable et compréhensible dans sa démarche ? Pas forcément.

II - Mouroir

HYRGAL est donc une créature aux mouvements erratiques, et à l’approche franche qui dévie un peu de sa trajectoire à intervalles réguliers. Si la bête est aisément classable dans une frange Black Metal au généralisme confortable, elle n’en adopte pas moins une gestuelle presque grotesque dans le rendu, sinuant entre les courants Post et Atmosphérique, pour mieux éviter les catégorisations un peu trop faciles. Un soin particulier apporté aux textes, hurlés en français, proches de la diction de la scène canadienne, mais farouchement ancrés dans une tradition nationale qui fait préférer les belles lettres aux invectives gratuites. Ici, la violence est celle de la musique évidemment, mais aussi celle des mots qui s’entrechoquent, qui riment, qui travestissent la prose pour en adopter les contours de narration, et qui finalement font plus qu’accompagner une trame instrumentale, qui la subliment. Pourtant, sublimer un tel déversement de haine n’est pas facile, mais comme je le disais précédemment à propos d’une autre sortie, il y a de la beauté dans la plus repoussante des laideurs. Comme il y a de la douceur dans les stridences les plus irritantes, et une invitation au voyage dans le statisme le moins contestable. Là est donc le propos d’un Serpentine qui mérite son nom à chaque intervention, et qui glisse entre notre conscience et notre inconscient, profitant d’une aptitude naturelle à mettre le bruit en forme et à modeler la haine pour lui faire épouser les contours d’un amour inconditionnel envers un genre qu’il prône, mais qu’il adapte à ses besoins. Et après une première piste en guise d’intro/cérémonie incantatoire, tribale, grondante, inquiétante mais séduisante, la brutalité la plus crue revendique son droit de cité, et les enfers se déchaînent sous notre ouïe incrédule, pas certaine d’avoir assisté à une mise en jambes aussi prompte depuis les débuts de la scène scandinave.

III - Till

Une scène scandinave qui a certainement eu un impact similaire à celle du Canada sur la créativité des HYRGAL, qui en fondent les différents dogmes dans un même creuset. On y retrouve ces accélérations suffocantes, ces vocaux éructés comme autant de signaux d’apocalypse en nihilisme, mais surtout, ces riffs discontinus, déliés ou étouffés, retenus ou libérés, qui condamnent la distorsion à ne jouer que son rôle de base d’amplification à outrance. Mais le groupe y ajoute sa propre patte, héritée d’une tradition nationale de théâtralité, de fausse complexité en gigogne que les plus acharnés compareront à MERRIMACK et toutes les autres sensations d’un pays qui passe aujourd’hui pour une référence. Une référence adaptant des standards classiques à une formalisation littéraire, et qui refuse la gratuité d’une brutalité en bestialité pour incruster la mélodie dans le maelstrom environnant, et qui est capable d’un instant à l’autre de citer les GRIS, MARDUK et WORMFOOD sans en nommer un seul des trois. Joli tour de force d’une présence qui se repose sur son passé pour dicter son présent, et qui finalement, nous agresse autant qu’elle ne nous séduit, et nous entraîne aux confins d’un monde dont elle seule connaît l’absence de limites.

IV - Représailles

D’aucuns se diront que Serpentine a déjà été abondamment disséqué, et qu’il a rejoint depuis longtemps (l’année dernière certainement), les listes des albums les plus admirés de son époque. Mais le problème avec ce genre de louanges précoces, est que les conséquences d’une telle assertion en occultent les qualités les plus fondamentales. A force de vénérer l’œuvre de l’extérieur, on en oublie ce qu’elle recèle à l’intérieur. Une grandeur dans la décadence, une progression dans la bestialité, une basse qui ondule et sinue, une rythmique figée, mais évolutive, et puis cette guitare acide qui tourne autour du cadavre comme un charognard affamé, nous rappelant que finalement, le Black Metal, aussi détourné et modelé soit-il reste toujours la forme la plus pure de violence instrumentale, spécialement lorsqu’il est pratiqué par des musiciens intelligents, en ayant saisi tout le dramatisme. Et « Représailles » de nous les rappeler, dans une exhortation époumonée qui se sert de chœurs désincarnés pour incarner la mort dans toute son horreur, et sa beauté.

V - Aux diktats de l'instinct

L’instinct justement est trompeur. C’est celui qui croit percevoir dans une intro un peu doucereuse les prémices d’une ouverture Post qui n’a pas lieu d’être. Du Black, juste du Black, mais du Black transcendant, noble et argumentatif, mais toujours viscéral. Belle dualité. Et même quelques sensations accrocheuses, comme un riff qui finalement impose un mid-tempo qu’on se prend à secouer de la tête, avant qu’une tornade de blasts ne nous l’emporte.

VI - Rite

Moment de paix, ou intronisation finale dans une procession, une congrégation, une assemblée. Façon de célébrer des Dieux anciens, ou de passer un stade dans la maturation, ou la compréhension.

VII - Etrusca disciplina

Ce passage vers une nouvelle étape demande parfois un sacrifice personnel, ou une réalisation de soi. Réaliser son potentiel, ses moyens, et apprendre à les exploiter à leur plein régime, en juxtaposant toujours ces couches sonores dignes d’un magma Wagnérien, entièrement dévoué à la haine ancestrale d’un « autre », de « concessions ». Alors, on avance coute que coute, et on provoque, on stimule les sens, et on les force à creuser sous la surface d’une musique somme toute assez facile d’écoute au prime abord, mais tellement riche au second qu’on comprend qu’on en a égaré sa magnifique substance. Un chant qui se dédouble, des textes toujours plus fouillés, des cassures plus marquées, des silences plus profonds, et des étiquettes qui ne sont que noms. Rarement riffs auront été si similaires et différents à la fois. Rarement auront-ils provoqué le flou des nuances et l’effacement des limites tout en s’accordant d’une texture âpre et acre. Rarement auront-ils été si vénéneux, si râpeux, et pourtant, si essentiels à la mise en place mélodique de tout album de BM noble qui se respecte. Et cet ensemble qui est toujours parfaitement en accord avec lui-même. A tel point qu’on parle « d’atmosphérique » sans vraiment connaître le sens profond de ce terme, mais en acceptant que les HYRGAL puissent le revendiquer, sans vraiment en accepter le sens de la contemplation et la gratuité des arrangements évanescents. Car sur Serpentine, tout est concret, mais onirique à la fois. Brutal, mais pas complaisant. Formel, mais personnel. Et c’est certainement pour ça que cet album a connu un parcours hors normes depuis sa sortie initiale. Parce que tout le monde veut le faire écouter à tout le monde, après avoir réalisé que son unicité dans la globalité mérite une attention particulière…   

       

Titres de l'album:

                         1.I - L'Appel

                         2.II - Mouroir

                         3.III - Till

                         4.IV - Représailles

                         5.V - Aux diktats de l'Instinct

                         6.VI - Rite

                         7.VII - Etrusca Disciplina

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par mortne2001 le 06/07/2018 à 14:04
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Dead Horse

Horsecore: An Unrelated Story That's Time Consuming

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В петле

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Between Wild Landscapes and Deep Blue Seas

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Reign In Bud

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Merci beaucoup for this very nice review :)

Liebe Grüße (kind regards)
Martin
Vocalist of Mortals' Path


Je souscris à mort à tout ce que dit mortne2001 et ce qu'ajoute Necrokosmos.
Un seul réel bémol : La pochette.
Mon dieu quelle horreur quoi... ... ...


du modern thrash sans saveur particulière sur les extraits


Tu confonds avec autre chose.


Bah merde, plus de Chritus...


Ça fait un moment que Destruction n'a pas sorti d'album fort. Ce serait bien que ça se passe avec celui-ci


J'adore le logo façon "haie de troenes"
:-)))))))))))))))


Oui très très dur de rivaliser avec le feeling unique de Chritus...


Les limites du DIY ! ;)


Surpris et forcément déçu que Chritus ne soit plus de la partie au niveau vocal.
A voir donc ce que vaut l'actuel remplaçant.
Cela va tout de même être très dur de rivaliser hein...


A creuser ce groupe à creuser... (comme sa tombe ?)


C'est le festival du moche pour de récentes pochettes de heavy allemand !


ce type de groupe n'a pas fini de nous plonger dans les abysses du ridicule


J'ai l'impression que le précédent était sorti avant-hier, ils tiennent le rythme ceux-là !


Aaaaaaahhh !!!
C'était le bon vieux temps tout de même hein…
(Vieux con speaking)


dégageait*


Kerry King + 1.
C'est vrai que leur show dégagé pas mal.
J'en ai été d'ailleurs le premier surpris sur le moment...


Je viens de me choper le Pantera. Que j'avais en fait déjà en bootleg sous le nom de "Black Tooth" !
Tant pis... un énorme live en tout cas ! Ultra bourrin !


Magique


ah ouais ? le pantera me fait bien envie aussi ! je l'ai qu'en bootleg degeu et pas complet...