Si jusqu’à aujourd’hui vous n’aviez entrevu le Grind que comme une succession de blasts plus ou moins agencés, secouant des riffs monolithiques d’une simplicité lénifiante, et couvrant des vocaux de bête en errance, vous en êtes pour vos frais, et c’est justement de saison.

Car le Grind, aussi extrême soit-il, a lui aussi évolué depuis ses prémices anglais des 80’s, et se montre en 2017 sous un jour nouveau, encore plus brutal, encore plus rapide, malsain, Heavy, et surtout, versatile dans son optique de déstabilisation des bases classiques.

Mais pourquoi un tel laïus qui se veut moralisateur et abrutissant ?

Parce qu’en ce terne mois de janvier sort enfin le premier full lenght d’une des créatures US les plus hideuses et dangereuses du style, hébergée je vous prie depuis quelques années par la chaumière Relapse, qui comme on le sait, ne prête pas ses fétus de paille à n’importe quel monstre de foire.

THE DRIP, c’est quoi au juste ? Une goutte de haine dans un océan de ressentiment ? La dernière avant l’affalement d’enivrement ? Celle qui vous tombe sur le front en passant sous les gouttières du Noise ? Bien fraîche en hiver et bouillante en été pour vous crisper un peu plus ?

C’est tout ça à la fois, mais surtout un des combos ricains les plus efficaces et novateurs du style, qui peut se targuer d’avoir tout compris à DILLINGER et NAPALM et de les avoir mélangés au sein d’une crise de démence CONVERGE/THE KILL.

Bonne pioche, c’est costaud, et surtout, pour la première fois en version longue, puisque ces petits malins ont pris leur temps et trois EP depuis leur création en 2007.

Au-delà de tout ça, THE DRIP, ce sont cinq gars (Shane Brown – batterie, Brandon Caldwell – chant, Bobby Mansfield & Blake Wolf – guitares et Talon Yager – basse), et pas de fille, une carrière entamée il y a dix ans pour, selon leurs dires, « transformer l’héritage de NAPALM DEATH, TERRORIZER, et BRUTAL TRUTH en un assaut Grind moderne et sans compromis, à base de blasts qui arrachent ta face et de brutalité sonique ».

Jolie promesse, et qui plus est, tenue. Il est certain que jusqu’à lors, le barouf de ces tarés tenait largement la route sans sortie ni croûtes, et on misait beaucoup sur leur côte en attendant patiemment qu’ils osent enfin lâcher le sprint facile pour le demi-fond un peu plus long.

Chose faite, et avouons-le derechef, même sur de multiples tours de pistes, les gredins tiennent la cadence, justement parce qu’ils ont pensé leur course en amont, et n’ont pas misé sur une allure vivace sans ménager leurs talons.

Alors, ça donne de la brutalité évidemment, de la vitesse indéniablement, mais aussi des ambiances, des dépassements un peu limites dans l’esprit, et des enjambées un peu tarées qui brulent le plastique des couloirs sans penser à l’odeur de caoutchouc cramé.

Produit pat l’inévitable Joel Grind des TOXIC HOLOCAUST et mixé par l’immanquable Brad Boatright (SKELETONWITCH, GATECREEPER, WEEKEND NACHOS), The Haunting Fear Of Inevitability ressemble à s’y méprendre à ces courses fractionnées que tous les amateurs de basket connaissent par cœur. Le genre d’exercice qui vous laisse sur les rotules à force d’aligner les embardées véloces et les ralentissements atroces.

Avec les chevilles en coton et les cuisses en flanelle, vous ressortirez de cette écoute avec les jambes qui flagellent, puisque les cinq américains ont voulu la chose ainsi. Une douzaine de morceaux qui s’enchaînent sans pitié pour votre palpitant, avec une grosse bordée d’ultraviolence sur timing serré, et quelques écrasements bien calculés pour casser le rythme et vous laisser essoufflé.

Démarrant sur les chapeaux de fauteuil roulant avec un « Blackest Evocation » terrifiant, les THE DRIP laissent alors se succéder de courtes interventions lapidaires avant de faussement calmer le jeu en trempant leur Heavy dans un Loudcore assourdissant, qui vous met les oreilles en sang.

Et quelle que soit l’optique, elle est impressionnante. Que le bulldozer se dope à la nitro et avance comme un fou dans les rangs des spectateurs, sans pitié pour les massifs de fleurs (« Gruesome Poetics », poétique mon cul, « Exile », même Dan Liker les prendrait pour de gentils allumés, « In Atrophy », certainement pas au niveau de la rythmique à faire rougir de honte les THE KILL), ou qu’il repasse en première pour vérifier qu’il a bien tout aplani et ratissé (« Covered In Red », oui, le sang ça éclabousse, surtout lorsque le mélange Chaotic Core/Grind/Sludgecore sent la mort, « Wretches » qui lui aussi pue le malaise de bord de terrain avec ses guitares acides et son chant malsain), ça fonctionne, c’est dramatique et ça vous laisse la gorge qui pique.

Parfois, les déviations vous font arriver plus vite à la maison (« Consigned To Fate », exercice en Crust majeur qui vous tend le sien en pleine gueule, « Dead Inside » qui reprend dans les grandes lignes les agressions de zombies de Walking Dead avec lance-roquette à la place de l’arbalète), de temps à autres, on n’évite pas la citation (« Bone Chapel » et son intro de basse à la Embury qui laisse présager d’un orage de Crust/Grind qui augure d’une surnage dans les flots du carnage), et lorsque tous les ingrédients sont portés à ébullition, on tombe en plein drame de bruit fatal et d’exhortations qui font mal (« Anathema », et ses chœurs démoniaques qui font passer l’exorcisme d’Anneliese Michel pour un gentil dialogue de cathos récitant leur missel).

Bon, tout ça est vraiment intense et fatigant, mais même avec la sueur perlant, il faut trouver une conclusion idoine à ce massacre ambiant.

Si d’aventure en tant que DJ Metal, vous aviez osé un jour le mix entre Smear Campaign de NAPALM, Extreme Conditions de BRUTAL TRUTH, Kill…Em’All des THE KILL, Calculating Infinity des DEP, vous aviez dû vous rendre compte de l’effet produit par le raout sur votre audience de bon goût. Hystérie, danse de Saint Guy, jets de bave et hurlements maudits, le tableau vous avait sans doute tétanisé, mais l’enthousiasme satisfait.

Alors comprenez bien que ce premier longue durée des malades de THE DRIP produit peu ou prou le même effet, et vous crame sur la ligne sans avoir besoin de stéroïdes.

Une boucherie sans nom, une tuerie pour de bon, qui a sciemment choisi les armes les plus létales de l’extrême pour faire se flétrir les pétales de votre résistance.

Cette nouvelle référence risque de faire date, et de repousser les limites du Grind qui n’en est plus forcément, et de fait, de rendre encore plus exigeants les fans de boucan.

Comme l’album est de plus disponible en double vinyle et en CD, son impact n’en sera que plus mauvais pour les collectionneurs de beaux objets. De quoi transformer une migraine en vilaine hémorragie cérébrale. Trust Relapse and collapse.

 Ça pourrait être une devise définitive.


Titres de l'album:

  1. Blackest Evocation
  2. Anathema
  3. Gruesome Poetics
  4. Dead Inside
  5. Covered In Red
  6. Terror War Industry
  7. Painted Ram
  8. Wretches
  9. In Atrophy
  10. The Answer
  11. Exile
  12. Consigned To Fate
  13. Bone Chapel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 26/01/2017 à 14:22
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chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


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Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


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Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !


"Mais aussi que Toni Iommi (ex-BLACK SABBATH) apparaissait sur le titre "Astorolus - The Great Octopus" le temps d'un solo".
Si ça c'est pas la grande classe... ... ...