Alors, si nous faisons un rapide bilan, le vinyle est revenu en force ces dernières années, en matière d’underground et d’extrême, la cassette s’échange toujours sous le manteau élimé, ne manque plus à ce constat qu’un retour en grâce qui pourrait rendre plus d’un collectionneur marteau. La question, bien qu’anecdotique se pose, et on se demande gentiment quand les rayons des revendeurs spécialisés ou non présenteront sur leurs têtes de gondole des VHS en lieu et place de ces maudits Blu-ray trop modernes pour être honnêtes. Certes, et tout le monde s’accordera à la dire, la bande magnétique est aux digital versatile discs ce que l’humour de Michel Lebb est à la comédie anglaise, un truc un peu honteux, pas pratique et surtout, un peu rustique, pas le genre de machin qu’on sort pour frimer. Personne n’a pu oublier à quel point ces satanées bandes étaient fragiles, et qu’il était pénible de devoir à chaque fois rembobiner le machin jusqu’au début. Pourtant, le charme délicieusement suranné de ce produit pas forcément regretté continue d’alimenter les fantasmes, et surtout, d’inspirer, puisque les canadiens de VHS en ont quand même fait leur patronyme et leur passion. Avec un seul LP à leur actif, en forme d’hommage à Screaming Mad George et ses maquillages vintage (Screaming Mad Gore, 2016), les originaires de Thunder Bay, Ontario ne peuvent s’enorgueillir d’une discographie touffue, bien que de nombreux splits, singles et EP jonchent leur carrière encore fraiche. Ce qui est tout aussi frais d’ailleurs, c’est leur second album, The New Batch, publié par les bons soins américains des esthètes d’Horror Pain Gore Death Productions qui ont senti le bon filon. Quel filon ? Celui de la nostalgie crétine et des films pourris dévorés en plein cœur de la nuit, accompagnés d’une musique tout aussi fétide, mais propice à tous les débordements jouissifs.

Non, les VHS ne sont pas Gore, enfin pas vraiment. Ils ne sont pas Grind non plus, comme pourraient le laisser croire ce tracklisting étendu et cette pochette détendue. Mais en empruntant aux Gremlins l‘accroche publicitaire de leur comeback, ce trio foutraque (Andy - batterie, Jimmy - basse et Mike - chant/guitare, tout pour incarner des losers/victimes interchangeables dans un Slasher bas de gamme) a su nous appâter pour nous nourrir après minuit non de cuisses de poulet, mais de tranches de Death à tendance Horror de très bon goût, malgré un arrière très prononcé d’extrême faisandé. Ici, le barbecue est du genre saignant, mais sait rester familial et bon enfant. En affichant des influences allant d’EXHUMED à NECROPHAGIA, en passant par IMPETIGO, GHOUL et FONDLECORPSE, les trois canadiens balisent le terrain, et attendent que leur virginale proie s’aventure un peu trop loin. En restant entre les barbelés balisant le terrain de leur premier LP, ils ont aussi joué la carte de la sécurité, carte qu’une production éminemment déficiente vient fausser de ses écarts de son très prononcés. On retrouve donc le plaisir des sons fatigués sur une bande un peu usée, trop rembobinée, et qui nous laissait parfois deviner plus qu’elle ne montrait. Pour autant, ce produit n’a rien d’un remplissage de bac à soldes pour public frivole, et fleure bon le délire entre amis qui manipulent les private jokes comme le Death qui choke. Qui choke, mais qui ne choque pas, puisque nos trois compères ont le bon goût de ne pas sombrer dans le mortifère, et de calquer les principes cartoon Gore typiquement US plutôt que les sombres histoires de fesses et de messes sanglantes à l’italienne. Ici, la violence reste graphique, mais typique. Pas d’exagération Gore à la CARCASS, SUBLIME CADAVERIC COMPOSITION et autres chantres de boyaux qui pendent, juste un Death qui flirte avec le Thrash tricard à la MACABRE, et ces histoires d’horreur peuvent donc se dévorer à toute heure, sans avoir peur que le mouflet se réveille de sa torpeur.

Alors, bien sûr, les maniaques de la perfection en seront pour leur compte. Les fans de putride stérile aussi, puisque les zigues n’hésitent pas à truffer leurs morceaux de samples au sang chaud comme à la grande époque de MORTICIAN. Ils n’hésitent pas non plus à se montrer sous leur vrai jour consanguin et bancal et passer pour une bande de bourrins à peine capables de jouer. D’ailleurs, on a parfois beaucoup de mal à discerner une rythmique indigne de ce nom sous ce maelstrom de sons, et si la guitare est effectivement distordue, la pédale en marche doit être branché sur de vieux accus, puisqu’elle peine à conférer un son puissant à ces six-cordes errant. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, on s’amuse beaucoup en compagnie de nos amis canadiens, qui nous ont une fois encore brossé une galerie de portraits chafouins, honorant au passage les meilleurs figures de l’horreur (Fulci sur « Freudstein », et je laisse les autres à votre discrétion pour ne pas gâcher la surprise aux champions), tout en troussant de petits hymnes à la peur, mais pas celle qui vous empêche de fermer les yeux, celle qui vous fait trembler un petit peu. Aussi gaillard que paillard, The New Batch balance donc la purée de seize nouveaux hymnes à la gentille cruauté, et passe du coq étêté à l’âne équeuté, jouant la lourdeur d’un Death suintant de douleur (« Freudstein » justement, qui évoque si bien cette cave qui pue le vieux chien), ou le radicalisme d’un Grind plein de heurts (« Herbert West », une autre allusion finaude…). Quelques morceaux plus conséquents pour ne pas rentrer la queue entre les dents (« From the Scrapyard to the Graveyard », presque cinq minutes de boulot, chapeau), de savoureux clins d’œil sur fond de Crust/Death monté sur treuil (« If You Loved Me », MACABRE, forever…), et même des soli à faire rougir la voisine gironde et polie (« Don’t », on croit rêver), et le tableau de famille est donc complet, et prêt à être accroché.

Alors, si on ajoute à tout ça une pochette qui pète, et un enthousiasme que rien n’arrête, j’exige immédiatement une sortie du dernier VHS sur VHS. Je ne sais pas trop ce que j’en ferai, mais ça sera toujours plus joli qu’un Bruegels en canevas pour décorer.  

            

Titres de l’album:

                    1.Welcome To The New Batch

                    2.Gore Flicks

                    3.Growing Pains

                    4.Sand, Sun And Bloodshed

                    5.If You Loved Me

                    6.From The Scrapyard To The Graveyard

                    7.Wrestlemassacre

                    8.Garbage Day

                    9.Intermission (Snack Break)

                   10.Herbert West

                   11.Freudstein

                   12.Perfect Fit

                   13.Junkyard Dick Toss

                   14.Down The Drain

                   15.Don't

                   16.Until Next Time

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 11/06/2018 à 14:24
77 %    236

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Spectrum Orchestrum

It's About Time

Ares Kingdom

By The Light Of Their Destruction

The End Machine

The End Machine

Vitriol

Chrysalis

Altar Of Oblivion

The Seven Spirits

Inculter

Fatal Visions

Venom Prison

Samsara

Sammy Hagar

Space Between

Final Cut

Jackhammer

Eivør

Live In Tórshavn

Burning Rain

Face The Music

Sisters Of Suffocation

Humans Are Broken

Jack Slamer

Jack Slamer

Misery Index

Rituals of Power

Black Oak County

Theatre of the Mind

Helium Horse Fly

Hollowed

Bergraven

Det Framlidna Minnet

Skeletoon

They Never Say Die

Mgła - Revenge - Doombringer // Paris

Mold_Putrefaction / 19/05/2019
Death Metal

Dead can Dance

RBD / 19/05/2019
Darkwave

NETHERLANDS DEATHFEST IV / Tilburg, Pays-Bas

Jus de cadavre / 16/05/2019
Death Metal

Tour-Report ACOD (support Cradle Of Filth / Avril 2019)

Jus de cadavre / 14/05/2019
Death Black Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

ouais c'est clair ça tabasse toujours autant, et comme a chaque sortie je me demande si un jour ils vont revenir en europe...


C'est sûr qu'avec une pochette comme cela, on a tout de suite envie d'acheter l'album...


Très sympa, j'aime beaucoup !


C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?


Autant pour moi !
Ce que j'aime bien dans le projet, c'est qu'on a un peu l'impression de déconner entre potes de longue date.


Alors dans mon esprit ce n'était pas du tout du second degré en fait. C'est une des influences principales du groupe (parmi de nombreuses autres), c'est pourquoi j'ai choisi cette dénomination.
Quoiqu'il en soit je suis absolument d'accord avec toi, c'est carrément bien fichu et d'une inc(...)


"La voix, sa voix, est là, toujours hostile, semblant parvenir du plus profond des enfers. Elle est intacte, unique"
Tout est dit mec !


Je trouve ça un peu sévère de qualifier ça de "néo métal". Car même si le côté humoristique ferait penser à un truc sans prétention, ça reste quand même plutôt bien fait.


https://necrokosmos.blogspot.com/2019/05/le-groupe-americain-sort-son-premier.html


"Autre phénomène à la mode bien ridicule est à mon sens le « Ghost bashing »"...
Bah excuses moi gars, mais si je n'aime pas GHOST et surtout ce qu'ils sont devenus désormais, crois moi bien que je ne vais certainement pas me faire prier pour le dire.
Je les ai vu pour la toute pr(...)


cool report !

peut etre aussi moins de monde car affiche avec au final tres peu de black comparé aux précédentes éditions j'ai l'impression,mais ca reste plutot bien fat comme affiche ! il va bien falloir que je me deicide a bouger mon boule en Hollande.


ca faisait longtemps que je n'avais pas ecouté Hate, et merdum ? c quoi c'truc tout mou