Le Doom m’a toujours profondément fait chier. Désolé pour les puristes, mais me cogner les sempiternelles litanies sur fond de légendes médiévales et autres obsessions historiques me plonge dans une léthargie hors du commun, dont seul le meilleur épisode de Peaky Blinders pourrait m’extirper. Je comprends que c’est une forme musicale comme les autres, mais ses tenants et aboutissants ayant tous été balisés et définis par disons, BLACK SABBATH, CANDLEMASS, ST VITUS et autres TROUBLE, je n’ai jamais vu l’intérêt de prolonger l’expérience au-delà des travaux de ces défricheurs. Mais après tout, chacun voit midi à sa morte, et si des musiciens prennent leur pied à étirer à l’infini des riffs déjà pénibles dans les premières secondes, je n’y vois aucun mal du moment que je ne suis pas obligé d’en parler. C’est donc avec beaucoup de circonspection que j’avais tendu mes fragiles oreilles sur le premier LP des américains de CRYPT SERMON, spécialement après avoir eu connaissance de deux informations cruciales. D’une, qu’ils se complaisaient dans l’Epic Doom, excroissance bâtarde encore plus pénible que la source même de la solitude, et de deux, que ses fondateurs avait tenté l’échappatoire pour s’extirper d’un tribute-band à CANDLEMASS. Je m’attendais donc à une resucée peu créative et éprouvante des premiers efforts des suédois, et la surprise fut donc encore plus grande au moment de découvrir un groupe créatif, et capable de transcender les figures imposées d’un genre coincé dans un carcan d’ennui depuis sa création. Osons la comparaison qui fera se hisser le poil des esthètes et passionnés. Les CRYPT SERMON sont pour moi beaucoup plus qu’un simple groupe de Doom, et plus volontiers un groupe de Heavy Metal complexe et pluriel, n’utilisant la lourdeur que comme composante partielle, et non obsession unique. Ils sont des vulgarisateurs, au même titre que GHOST ou THE DARKNESS, susceptibles de faire fonctionner leur prosélytisme en dehors du cénacle sacré. Leurs chansons en sont vraiment, et pas simplement des complaintes pleurant la nostalgie et la morosité, et si ce premier LP les avait fait exploser sur la scène internationale, leur ouvrant la scène de grands festivals, leur succès ne devait rien au hasard. Et si The Ruins of Fading Light confirme ce statut et fait d’eux des légendes en devenir, la chance n’aura pas plus à être invoquée. Parce que les originaires de Philadelphie, Pennsylvanie sont des bons, des très bons mêmes.

Le quintet à certains faciès renouvelés (Brooks Wilson - chant, Steve Jansson  & James Lipczynski - guitares

Enrique Sagarnaga - batterie, plus le petit nouveau Frank Chin à la basse, ancien VEKTOR) s’oppose donc à la tradition d’un second LP se contentant de surfer sur le succès critique du premier. Avec des vies ayant changé, des enfants, des membres ayant quitté le navire, les thématiques de CRYPT SERMON sont devenues plus personnelles, et sa musique aussi. Toujours aussi ouverts à des possibilités autres que les sempiternelles deux notes graves répétées ad nauséam, les américains osent donc le progressif épique comme d’autres se contentent d’un matraquage systématique, et relèvent le niveau d’une musique qui se veut aussi créative la plupart du temps qu’un gosse qui chouine dans un supermarché pour avoir un jouet. En basant leur concept sur des idées fortes et des mélodies ne l’étant pas moins, les cinq musiciens jouent les épouvantails dans un champ d’ennui, éloignant les corbeaux de sinistre mémoire pour protéger les graines de la créativité, et nous livrent un album étonnant de maturité et de sensibilité. C’est pour cette raison que je préfère voir en CRYPT SERMON un groupe de Metal libre, et non un chantre Doom monolithique, sa musique étant tellement riche qu’il est impossible de l’affilier à une philosophie bien précise. Evidemment, l’influence CANDLEMASS est toujours aussi présente, notamment dans le lyrisme et la grandiloquence, mais il est impossible de ne pas voir du GHOST, du SAVATAGE, du MAIDEN dans ce déroulé théâtral aussi efficace qu’artistique, malgré une longueur globale quelque peu excessive et des titres qui auraient gagné à être condensés. Et avec une alternance de plusieurs chapitres au-delà des sept minutes et de courts inserts/interludes de moins de deux, l’équilibre entre la prétention et la lucidité atteint le milieu de la balance, et nous enivre de ses arrangements épiques, qui collent au gramme près. De fait, une réussite totale comme « Christ is Dead » n’est pas sans évoquer le magique Epicus Doomicus Metallicus de qui vous savez, teinté d’une touche d’occultisme à la KING DIAMOND, avec le parrainage de Papa Emeritus comme caution contemporaine. Car la magie des américains est de parvenir à respecter les dogmes les plus processionnels, tout en les agrémentant d’une touche Pop sur les refrains, sans trahir l’accommodation de la NWOBHM qui souhaitait présenter au monde un visage plus affable du Heavy Metal.

L’interprétation, comme sur Out of the Garden est au-dessus de tout soupçon. La paire de guitaristes continue son exploration de l’historique Metal de ces quarante dernières années, et la rythmique, plus souple que la moyenne Doom, appuie de son inventivité des compositions riches et fertiles. Point de discorde une fois encore, le timbre et la voix de Brooks Wilson, très éloignés des lamentations puériles de circonstance, et dont les accents suggèrent une rencontre au micro du Mike Patton de The Real Thing et du Scott Holderby de MORDRED. Mais encore une fois, loin de handicaper le projet, Wilson le transcende, lui offre une théâtralité extraordinaire, et permet aux longs chapitres comme « The Snake Handler » de franchir le Rubicon du Doom pour se frotter à des ambiances presque BM, se rapprochant d’une version moins putassière de CRADLE OF FILTH lorsque les riffs se radicalisent et que les chœurs se désincarnent. Autre sens de l’à-propos du quintet, cette intelligence dans la juxtaposition de morceaux plus compacts et de longues progressions envoutantes. Et aussi roublarde soit l’ouverture faussement franche de « The Ninth Templar (Black Candle Flame) », elle n’en reste pas moins le point d’entrée le plus viable de ce projet ambitieux, avec son Metal bouillonnant, à la double grosse caisse écrasante et au chant plus mordant. Mais comme je le disais, la marge de progression est encore conséquente. Certaines idées traînent encore en longueur, et les titres les plus développés auraient gagné à être expurgés de certains plans trop répétitifs, malgré un charme suranné le disputant à la violence ambiante. « The Ruins of Fading Light », aux accents MY DYING BRIDE/SOLITUDE AETERNUS est certes un épilogue de circonstance, mais il se contente la plupart du temps de resservir des plats encore tièdes. On lui préfèrera « Beneath the Torchfire Glare », lourd comme un dimanche matin pluvieux, mais harmonique comme des soupirs en hiver.

Les trois interludes, loin de simples prétextes, accentuent l’ambiance mystique, et la sensation de voyage aux confins du Doom. La complexité des enchaînements de « Our Reverend's Grave » permet de s’extirper de conditions trop restrictives sans trahir ou devenir putassier, et The Ruins of Fading Light de se présenter comme une suite non à la hauteur de l’original, mais différente, plus aérée, plus ambitieuse. Une réputation qui n’est donc pas usurpée, pour un déjà grand du créneau, qui nous réserve encore de belles surprises, pour peu qu’il apprenne parfois à réfréner ses ardeurs de grandeur.  

                                     

Titres de l’album :

                           1. The Ninth Templar (Black Candle Flame)

                           2. Key of Solomon

                           3. Our Reverend's Grave

                           4. Epochal Vestiges

                           5. Christ is Dead

                           6. The Snake Handler

                           7. Oath of Exile

                           8. Enslave the Heathens

                           9. Beneath the Torchfire Glare

                           10. The Ruins of Fading Light

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par mortne2001 le 16/12/2019 à 17:35
85 %    371

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s
@86.238.9.149
21/12/2019 à 17:27:53
s

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