La Californie, un duo de frangins, pour un Hard-Rock racé et truffé d'interventions de guitare notables, le parallèle est trop beau pour ne pas être évoqué. Mais cette chronique ne s'est pas perdue dans les méandres du temps, et je ne vous parle pas actuellement du premier album de VAN HALEN, puisque nous ne sommes plus à la fin des années 70, ni à Pasadena, mais bien à San Diego, et en 2018. D'ailleurs, les deux dits frangins ne sont pas des exilés hollandais, et si leur complicité est évidente à l'écoute de ce premier LP, chromosomes obligent, leur orientation musicale n'est pas forcément aussi exubérante que celle d'Alex et Eddie...Ici, point de party Metal all night long, et point de David Lee Roth pour mener la fête tambour battant et le cheveu arrogant, mais juste un noyau en duo, certainement élargi pour offrir au public quelques apparitions scéniques. Mais en ne jugeant que cette optique d'enregistrement, l'énergie déployée par les TZIMANI fait plaisir à entendre, et sent bon la Californie de la première moitié des 80's, que l'on retrouvait d'ailleurs sur de séminales compilations comme la légendaire Metal Massacre. Ces deux musiciens et leur projet auraient d'ailleurs pu y figurer, tant leur Hard à tendance Heavy mordant n'y aurait pas paru déplacé...Il faut dire qu'avec une seule année d'existence au compteur, Sebastian Vasquez (batterie) et Eddie Vasquez (guitare, basse et chant) affichent une belle confiance dans la maturité, tout en gardant cette approche juvénile qui rend leurs chansons si attachantes. Point de révolution à l'horizon, mais un bel hommage à cette scène qui n'en finira jamais d'alimenter les fantasmes, déclenchant à l'époque tellement de vocations qu'il eut fallu un bottin entier pour en recenser les acteurs.

En cinq morceaux, plus une intro, ce premier EP éponyme fait montre de très belles qualités de composition et d'interprétation, se situant dans une mouvance actuelle très portée sur la nostalgie, mais avide de démontrer que la jeune garde a aussi son avis précis. Doté d'un son très clair et net, Tzimani nous déroule donc le tapis rouge, et se place à mi-chemin des scènes américaines et suédoise, évoquant tout autant les nouvelles gloires scandinaves que les références ARMORED SAINT. Pour autant, le tempo ne rechigne pas à s'affoler, et dans ce cas très précis le duo sonne comme une jolie adaptation de la première vague Heavy Speed américaine, modulée pour adopter les contours de mélodies hautement radiophoniques, sans se départir d'une urgence relative. Couplets méchamment bien troussés pour refrains qu'on reprend main dans le poing, le tout est fédérateur comme une veste à patches, mais surtout, séducteur comme un combo certain que sa philosophie est la bonne. Pas de prosélytisme cependant, puisque les qualités intrinsèques des deux frangins se suffisent à elles-mêmes. Dans le rôle du leader de fait, Eddie (je disais VAN HALEN ? Hum?) assure pour trois, et se montre aussi performant à son poste de vocaliste que diablement convaincant en tant que soliste. D'ailleurs, le frontman utilise avec bonheur plusieurs tics de son aîné homonyme, lâchant quelques sextolets brûlants que le roi Yngwie n'aurait pas reniés non plus. Sa voix, très soft et veloutée offre un écrin de choix pour des harmonies qui s'adaptent très bien de tierces girondes (« We Are The Ones », plus fédérateur que ça, ça devient très difficile..), et nous rappelle même les plus grandes heures de THIN LIZZY, sans se départir d'un feeling typiquement américain, tirant parfois sur un Rock à tendance Glam futile, mais gracile («Get Me Out Of Here »).

Cette souplesse de rendu ne doit pas occulter le fait que des morceaux d'apparence simple cachent souvent des trésors d'inventivité, ce que nous démontre avec fougue « Overdrive », qui cumule une rythmique à la MOTORHEAD, et des passages en chausse-pied dignes de la meilleure NWOBHM, le tout agrémenté de soli véloces et féroces, aussi précis qu'ils ne sont incandescents. La complémentarité génétique des deux frères crève les oreilles, et ils s'entendent à merveille pour nous proposer un survol des 80's, orné de quelques figures de style plus personnelles, permettant à cet EP de se montrer aussi synthétique qu'unique. Sans bousculer l'ordre établi, les californiens de TZIMANI s'y entendent comme personne pour se placer à la lisière du Hard et du Heavy, et aussi entêtants qu'un John Bush chantant à tue-tête dans un wagon SATAN, dodelinant de la tête et faisant onduler sa crinière au son d'un riff hautement redondant, et au rythme d'une batterie mutine et ludique qui aime à combler de quelques fantaisies bien amenées. On sent que le soleil de Californie donne un teint délicatement hâlé à un morceau comme « Locomotive », qui rebondit de plans en mid en harmonies douces-amères, symptomatiques de la jonction entre les deux moitiés de décade. 

« Final Hour » complète le tableau de son intro hypnotique, avant de se répandre en injonctions Hard et Heavy, suggérant une façon détournée d'alléger les tics d'un ANVIL plus volontiers porté sur le Bllboard que sur les salles surchauffées. Beaucoup de points d'accroche donc, pour un exercice faussement vulgarisateur, qui nous laisse à penser que les frères Vasquez en ont encore pas mal sous les bottes. On attend de pied ferme un LP entier, qui saura nous prouver que Tzimani n'est pas qu'un simple coup d'essai, mais bien un coup de semonce dans la poudrière vintage. Une grosse vingtaine de minutes à passer avec deux musiciens sympathiques et doués, qui font ce qu'ils aiment et qu'ils maîtrisent le mieux, sans non plus tenter le diable. Ce dernier pourrait pourtant être séduit par cette fausse douceur mais réelle animosité, et jouerait sans doute cet EP à fond la caisse dans ses enfers personnels, histoire de redonner un coup de boost à des diablotins un peu mous du fouet.


Titres de l'album:

  1. Shift
  2. Overdrive
  3. Locomotive
  4. Final Hour
  5. We Are the Ones
  6. Get Me out of Here

Site officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 27/03/2018 à 14:00
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