« Des recherches prouvent qu’en deux ans, le poids d’un oreiller augmente de trente pour cent, à cause de l’accumulation de peaux mortes, des mites de poussière et de leurs déjections. De la même façon, FREE SALAMANDER EXHIBIT a graduellement vu son poids augmenter au travers d’une accumulation de déjections musicales et littéraires. »

Une information qui a son importance…C’est toujours très enrichissant d’apprendre des choses aussi incongrues, ça vous permet de meubler le quotidien. Un peu d’ailleurs de la façon dont les FREE SALAMANDER EXHIBIT le comblent de leurs interventions iconoclastes qui n’ont rien de rejets ou de déjections d’ailleurs.

Mais un nom pareil, une telle attitude ne sortent jamais de nulle part, la génération spontanée musicale en termes de folie trouve toujours l’origine de sa floraison quelque part…

En l’occurrence, des cinq individus très fréquentables de FSE, quatre proviennent d’un autre ensemble, peu réputé pour sa ligne de conduite claire et raisonnable en termes de création.

Et si vous n’avez pas la mémoire expérimentale courte, vous vous souviendrez sans doute des SLEEPYTIME GORILLA MUSEUM,  de leurs trois albums, de leurs collaborations, et surtout, de leur dadaïsme instrumental tout à fait pertinent dans une scène alternative un peu sclérosée par les efforts surfaits…

Alors sachez qu’après leur séparation, ces olibrius ont continué le combat contre la morosité harmonique sous la nouvelle bannière FREE SALAMANDER EXHIBIT, et qu’ils sont même parvenus à trouver de quoi enregistrer ce premier album, Undestroyed, sans que personne ne se doute de rien, mis à part les initiés évidemment.

Evidemment aussi, la musique de ces sept mites imprévisibles, doit beaucoup à l’ADN prélevé sur l’oreiller de SLEEPYTIME GORILLA MUSEUM. Même peaux mortes qui évoquent la liberté de création, même abandon des barrières à ne pas franchir, même conception d’un Rock arty et progressif qui ne doit rien à la démonstration et qui laisse de côté l’ego pour se focaliser sur la participation collective. Même abstraction, mêmes déambulations au travers des couloirs du temps pour rencontrer les esprits affûtés mais dérangés de ZAPPA, de BEEFHEART, des DEVO, des MINUTEMEN, et puis serrer la paluche des IWRESTLEDABEARONCE, de PRIMUS, et tous ceux qui déconstruisent la musique pour en obtenir un mélange secoué, frappé, mais terriblement inspiré, rythmique, atypique, avec ce brin de folie qui les distingue de la masse grouillante des adeptes du couplet/couplet/refrain.

Ici, on avance à tâtons mais en courant. On hurle à la mort mais lorsque la lune se cache, et surtout, on tente tout ce qu’on est capable de tenter, et on réussit tout, ou presque…Tout ça ne vous dit pas grand-chose j’en conviens, mais une fois écouté Undestroyed, vous comprendrez vite qu’on ne peut pas affirmer grand-chose d’autre…

Thrash, Rock, dodécaphonie, Funk, Cyber-afro-expérimental, tribal, robotique, Fela Kuti et Les Claypool enfermés dans un studio de répétition avec les EINSTURZENDE NEUBAUTEN bombardés producteurs exécutifs, et – mais que je tiens ce mot en horreur – Art-Rock, tel est le menu déroulant proposé par ce premier album qui profite de l’expérience des SLEEPYTIME GORILLA MUSEUM, mise à contribution pour aller de l’avant. Imaginez des musiciens surdoués, construisant leurs propres instruments reprendre le « Death Cab Cutie » des BONZO DOG DOO-DAH BAND en suivant la partition de « Fish On» des PRIMUS, sous la direction de Pierre Boulez, dans un vieil opéra abandonné, aux murs décrépits et aux oreilles pesant trois fois leur poids initial. Tout à coup, les KING CRIMSON se pointent l’air hagard pour « intellectualiser » la chose, mais repartent en coutant effrayés par les libertés prises avec le solfège.

Les comparaisons vous donnent le tournis ?

Alors « Time Master » vous le donnera aussi, avec son faux rythme Jazz, pollué d’une nuée de chœurs graves ou adoucis, ses pulsations irrégulières, sa basse qui louvoie et ses parties de guitare en cocotte digne de la Post Wave des années 80.

Il y a de bons morceaux sur ce premier album. A vrai dire, il y en a sept. Sur sept, ce qui n’est pas si mal en fin de compte…

Ils sont longs, parfois trèèèèèèèèèèèès longs, comme cet épique et colégram « Undestroyed », qui débute sur une flute enchantée à la Ian Anderson, avant que le joueur ne draine des milliers de rats sur son sillage. Mais après tout, on ne balance pas des vers comme «Utopian cyber-hippie, this is your world now » par hasard, ou pour l’amour de la formule.

Car en fait, les FREE SALAMANDER EXHIBIT sont les dignes héritiers de ces fameux hippies ou faux hippies comme les AIRPLAINE, CAN, MOTHERS OF INVENTION, transposés dans un univers futuriste qu’ils comprennent pourtant à merveille.

Du progressif, Nils Frykdahl, Michael Mellender, Dan Rathbun, David Shamrock et Drew Wheeler n’ont retenu que le meilleur, et le plus inspiré. Celui qui impose des structures opératiques à un foutoir créatif touffu, qui fait délirer les gammes pour les incruster dans une trame rythmique Hardcore. Pas celui qui démontre par A+B que la technique est l’apanage des meilleurs, non, celui qui joue, respire bizarrement, halète, et qui est capable d’accoucher d’un morceau comme « The Gift », qui pendant dix minutes s’ingénie à démontrer que la logique instrumentale n’est pas toujours logique.

Avec son entame purement 70’s, qui carillonne autant qu’elle ne tonne, avec sa basse à la UZEB, son Thrash à la CORONER traité Black Metal, ses accalmies Free-Rock digne d’une jam défoncée de Woodstock, et finalement, sa totale validité en termes de fausse improvisation dument préparée…

Des mecs capables de creuser des dissonances dans le Reggae pour faire chier Sting, avant de se laisser aller à quelques harmonies de berceuses (« Atheists Potluck »), puis de laisser couler bébé avec l’eau du bain sur une progression Art-Thrash fusion, c’est pas monnaie courante ni bidon. Loin de là.

Et des mecs qui terminent un premier album - qui n’en est pas vraiment un vu leur passif - par un dernier ad-lib emphatique comme « Oxen of The Sun », qui aurait pu résulter d’une collaboration entre un Scott Walker sans son tranxène et un UFOMAMMUT délirant WHALE, c’est assez rare aussi. Mais super jouissif en fait, comme cette basse slappée Zappa sur fond d’attaques à la ATHEIST. Techno Free Jazz Thrash cosmique ? On s’en fout des étiquettes, prenez ça dans la face et essayez de digérer après, on verra bien.

En gros, comme en pas détail, Undestroyed, c’est la déconstruction du passif SLEEPYTIME GORILLA MUSEUM pour en faire un actif du présent des FREE SALAMANDER EXHIBIT. Une façon d’assumer tout en détournant l’attention, en en offrant plus que n’importe quel groupe dit « expérimental » contemporain. C’est méchant comme une sale blague, attachant comme un poisson d’avril attaché dans le dos pour se faire pardonner, un câlin poivré dès le matin, avant que le réveil ne sonne.

Et si vous n’avez rien compris à cette chronique, c’est normal. Car il y a de grandes chances que vous ne compreniez rien à la musique non plus.

 Mais être libre à un prix. Celui de l’incompréhension et du rejet. Dommage pour vous, puisque cette musique colle comme un chewing-gum sur votre semelle.


Titres de l'album:

  1. Unreliable Narrator
  2. The Keep
  3. The Gift
  4. Time Master
  5. Undestroyed
  6. Atheists' Potluck
  7. Oxen of the Sun

Site officiel


par mortne2001 le 27/12/2016 à 17:32
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