Sans jouer les élitistes ou les obtus, lorsqu’on pense Thrash allemand, certains noms viennent plus facilement à l’esprit que d’autres. Ainsi, les inévitables références mises sur le tapis sont toujours les mêmes, KREATOR, DESTRUCTION et SODOM pour les meneurs, LIVING DEATH, HOLY MOSES, DEATHROW et TANKARD pour les suiveurs, et parfois, quelques autres dont la carrière n’a pas été aussi significative, sans qu’ils ne représentent une portion congrue qu’on se plaît à ignorer par condescendance. Pourtant, certains vivent et jouent depuis presque aussi longtemps que les combos susmentionnés, un peu dans l’ombre certes, mais tout à fait capables de se faire une place au soleil de leur persévérance et professionnalisme. Pour qui s’est intéressé de près à l’histoire de l’extrême allemand, un autre nom brûle les lèvres et les tympans avec une régularité presque métronomique, mais que le grand public occulte pour cause de flou artistique dans la violence ne permettant pas vraiment de les affilier pleinement à la génération du Thrash-boom des années 80. Mais les NECRONOMICON, et leur patronyme classique font pourtant partie eux-aussi de l’arrière garde de la sidérurgie allemande, au même titre que n’importe quelle influence d’obédience historique, et un simple coup d’œil à leur discographie suffit à le comprendre…Je les avais découverts moi-même un peu sur le tard, grâce à une compilation sortie en France à l’époque, qui proposait deux de leurs morceaux. Et j’avais fait la connaissance d’un groupe de facture traditionnelle, honnête et travailleur, dénué de cette petite étincelle de sauvagerie dont ses aînés étaient les dépositaires légaux. Mais d’album en album, de période de prolixité en disette artistique, les originaires de Lörrach ont fini par se constituer une œuvre résolument à part, mais non moins digne d’intérêt.

Si le fan lambda aura surtout retenu d’eux leurs trois premiers albums, parus en temps en en heure, les plus curieux se seront aussi penché sur le cas très typique d’œuvres postérieures, celles publiées après le comeback 2K, occultant de fait l’épisode pourtant intéressant de Screams, seul disque ayant surnagé dans les eaux troubles de nineties vouées à l’alternatif et au Nu-Metal. Mais depuis le début des années 2000, les allemands ont patiemment construit leur retour, alignant les sorties impeccables, de Construction of Evil à Pathfinder…Between Heaven and Hell il y a trois ans, en passant par les intermédiaires Revenge Of The Beast et Invictus…Nous étions sans nouvelles de nos héros d’un plus si underground que ça depuis trois ans, mais Unleashed Bastards vient enfin nous extirper de notre torpeur, en alignant douze morceaux pour cinquante minutes de Metal en fusion, toujours aussi peu prompt à choisir son église pour prêcher plusieurs dogmes, s’affiliant tous à un Heavy germain plein d’allant et de certitudes, et refusant de sombrer dans les tics les plus systématiques d’un Thrash prévisible, quoique souvent cathartique. Neuvième album donc pour le quatuor (Freddy - chant/guitare, Mike - guitare/chœurs, Chris - batterie et Marco - basse/chœurs), et une jolie façon de revenir sur le devant d’une scène qu’ils n’ont jamais occupée, à l’inverse de leurs voisins géographiques de DESTRUCTION. Le nom est lâché, et les comparaisons entre les deux groupes sont légion, et pas seulement parce qu’ils sont proches l’un de l’autre dans leur propre pays. Musicalement parlant, les deux entités ont toujours partagé ce sentiment d’ambivalence, restant à la frontière d’un Speed se voulant plus mordant que la moyenne, sans vraiment avouer des accointances plus violentes pourtant assez frappantes. Mais là où DESTRUCTION semble s’égarer en chemin depuis quelques années, au point de diluer son talent dans des side-projects anecdotiques, les NECRONOMICON continuent leur chemin sans trahir leur idéaux, ce que Unleashed Bastards prouve de ses rythmiques claquantes et de ses soli percutants.

Mais si le travail accompli est notable sur chaque piste de ce neuvième album, les qualités et les défauts des allemands sont toujours aussi voyants. En préférant rester sur la berge de la mesure, le quatuor nous laisse parfois sur notre faim, et préfère se consacrer à un Metal non modéré, mais bridé, qui ne demande parfois qu’à exploser pour nous laisser jubiler. Et si les analogies avec la bande à Schmier sont parfois plus que probantes (« Forbid me from Living », qu’on aurait pu trouver sur le controversé Release From Agony sans être surpris), on sent quand même que les accointances mélodiques de la bande leur permettent de s’éloigner de la masse grouillante des bruitistes d’outre-Rhin, et de revendiquer une place à part sur la scène radicale nationale. Fins musiciens, compositeurs parfois habiles et exigeants, les NECRONOMICON n’ont toujours pas l’intention de radicaliser leur propos, ce qui les condamne souvent à glisser sur la pente de la mièvrerie Heavy, à l’image sonore de ce très dispensable « Unleashed », leur proposant une place sur le banc des remplaçants OVERKILL/HELLOWEEN, qui eux aussi connurent quelques problèmes de franchise par le passé. Heureusement, ce genre d’épisode un peu malheureux reste minoritaire sur l’ensemble de ce neuvième LP, et « Burn And Fall » d’en représenter une ouverture majeure, catapultée par un riff sombre et des accélérations dignes du meilleur LIVING DEATH. La voix de Freddy, toujours aussi proche de celle de son ami Schmier fait le job à merveille, avec ce mélange d’agressivité et de roublardise qui permet de jouer la nuance, tandis que sa guitare se complète parfaitement avec celle de son compagnon d’armes Mike, pour un unisson parfois terriblement symptomatique de l’école mélodique allemande.

Et si « Leave the Lights on » refuse d’éteindre les lumières pour nous permettre d’apprécier le spectacle ronronnant et concentrique, nous entraînant sur les traces d’un « Eternal Ban » sans jouer le plagiat, d’autres, plus ambitieux comme « Malevolent » osent l’approche progressive, et distillent un climat en demi-teinte. Harmonies ténébreuses, construction en évolution, refus du choc frontal, pour une ambiance un peu étrange, idées plus creusées et facilité radicale mise de côté, afin de prouver que le quatuor est bien plus qu’un simple Thrash-act à l’économie, mais bien un groupe à la créativité affirmée, qui refuse de se laisser piéger dans un cage, et qui est capable de réconcilier en quelques minutes la préciosité d’un METAL CHURCH et la puissance d’un DEATHROW. Les exemples comme celui-ci ne manquent pas, de la percussion de « Imperial Hunger », classique en puissance, à la bourrasque Thrash lapidaire soufflée par « Total Rejection », jusqu’à la conclusion hystérique et héroïque de « The Nightmare Continues » nous rappelant au bon souvenir des HOLY MOSES. Admettons pour être honnête que l’album connaît un méchant passage à vide en son milieu, cédant parfois à la facilité ventripotente d’un Heavy allemand un peu trop roboratif, mais en le prenant globalement, et en excusant quelques chutes de pression, Unleashed Bastards reste quand même une jolie réussite pour les NECRONOMICON, réussite symptomatique de leur comeback des années 2000. Quant à savoir s’ils réussiront à rejoindre dans les livres d’histoire leurs contemporains plus révérés, la question reste en suspens et ne trouvera peut-être jamais de réponse.    


Titres de l'album :

                        1. Burn and Fall

                        2. Leave the Lights on

                        3. Total Rejection

                        4. Malevolent

                        5. We did, We do

                        6. Imperial Hunger

                        7. My Name is Vengeance

                        8. Forbid me from Living

                        9. Unleashed

                       10. Religion live Fast

                       11. Personal Enemy

                       12. The Nightmare Continues

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par mortne2001 le 20/10/2018 à 16:37
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C'est sûr qu'avec une pochette comme cela, on a tout de suite envie d'acheter l'album...


Très sympa, j'aime beaucoup !


C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?