Obliterate the Weak

Berzerker Legion

31/01/2020

Listenable Records

Pour faire simple, on va commencer par un line up, bien comme il faut : Tomas Elofsson - guitare (HYPOCRISY, SANCTIFICATION, ex-IN BATTLE, ex-GOD AMONG INSECTS), Alwin Zuur - guitare (ASPHYX, GRAND SUPREME BLOOD COURT), Jonny Pettersson - chant (SYN:DROM, WOMBBATH), Fredrik Isaksson - basse (DARK FUNERAL, EXCRUCIATE, ex-THERION, ex-GRAVE), James Stewart - batterie (VADER). A ceci, ajoutons plusieurs pays différents (Pays-Bas, Suède et Angleterre). Convenons d’une évidence au vu du pedigree des musiciens et du contexte : du Death Metal ; d’un label, bien de chez nous (Listenable), et vous avez toutes les armes en main pour juger du potentiel du projet cosmopolite BERZERKER LEGION. Avec de tels CV, une inclinaison naturelle à la barbarie dans différents ensembles extrêmes, il n’est donc pas étonnant qu’Obliterate the Weak sonne comme ce qu’il prétend être, à savoir comme un monument de haine érigé à la gloire d’un Death à la suédoise, tel que les années 90 ont pu l’adorer. Dans le mille, et le premier nom qui vient en tendant d’imprudentes oreilles sur cette déflagration est évidemment AT THE GATES. Mais du AT THE GATES rehaussé, réactualisé, amplifié, pour aujourd’hui atteindre une intensité renvoyant aux meilleurs efforts du genre. Fondé en 2016 par Tomas Elofsson et Alwin Zuur, des colosses HYPOCRISY et ASPHYX, BERZERKER LEGION est aujourd’hui devenu entité viable et assez monstrueuse dans les faits. Et par extension, ce premier LP pose le problème inhérent à ses éléments. En effet, avec de tels instrumentistes, le chaland nonchalant et amateur de sensations fortes serait en droit de s’attendre à un chef d’œuvre définitif, de ceux qui ont fait la légende du genre. Sauf qu’Obliterate the Weak n’est pas un chef d’œuvre, loin de là, mais un excellent album de Death aux intonations mélodiques, au fond aussi remonté qu’un ours à qui on a piqué le dernier saumon de la rivière.

Dommage ? Nous n’irons pas jusque-là puisque tout, de la composition à la production en passant par l’impressionnante pochette est bon, et même très bon. Le genre de constatation que l’on peut faire en amont, mais qui prend tout son sens après avoir encaissé l’ouverture dantesque de « Rise of the Berzerkers ». Intro maousse, genre cérémonie guerrière avant la bataille, avec force arrangements virils, guitares serviles, rythmique qui compile, pour une mise en bouche qui annonce la boucherie à suivre. Et « A World in Despair » débute en effet le massacre, avec son riff qui semble tiré de Slaughter of The Soul, qu’un aplatissement à la BOLT THROWER écrase de sa méchanceté. En quelques secondes, on comprend le métier et l’expérience, et on assimile la démarche. Concasser dans les grandes largeurs, mais proprement, et osons le terme, « professionnellement ». BERZERKER LEGION n’est pas là pour un apprentissage, et le montre en bandant ses muscles instrumentaux. Si évidemment la paire de guitaristes ne s’en laisse pas conter (mais on ne se retrouve pas dans HYPOCRISY et ASPHYX parce qu’on a un joli ampli tout neuf), c’est surtout la rythmique qui impressionne ici, spécialement lorsqu’elle soutient le chant gentiment grognon de Jonny Pettersson et sa barbe à la chef sauvageon de Game of Thrones. Mais ce même Jonny ne s’arrête pas à des intonations graves et colériques, et étaye son discours vocal d’une prose antireligieuse de bon ton. Il explique lui-même la thématique de l’album en ces termes :

« Le concept des textes est basé sur la façon dont la religion empoisonne le monde, même après tant d’années d’évolution, de développement…Il reste encore une grande partie du monde qui croit en ce contes de fée, qui pensent que ce conte de fée vaut la peine de partir en guerre, de tuer en son nom et de l’invoquer comme excuse à un comportement inhumain. Ces gens-là sont des moutons à l’esprit faible qui feraient n’importe quoi au nom de leur dieu. Obliterate the Weak est né du désir de détruire toute forme de religion et raconte toutes les atrocités commises au nom d’une pure chimère. »

Avec ce préambule, le message est clair, et s’illustre par une musique franche du collier, éminemment brutale dans le fond, mais ciselée dans la forme. Ciselée mais pas trop, pour ne pas perdre l’énergie brute en route, ce que confirment tous les morceaux, même les plus longs et modulés. Loin d’être de grosses brutes se vautrant dans la fange d’un Death paillard et expéditif, les musiciens internationaux jouent la carte de l’efficience cruelle, et se montrent particulièrement convaincants lorsque le tempo décroit. C’est ainsi que nous avons droit à de grosses torgnoles en mid tempo comme l’énorme « Of Blood and Ash », qui équivaut plus ou moins à la charge d’un troupeau d’éléphants sur une pile de pèlerins en pleine prière, et à un ciel qui nous tombe sur la tête lors de l’emphatique « The King of All Masters », qui tâte même du Doom avec finesse pendant plus de six minutes. La variété dans la cruauté fut donc de mise au moment de composer ce premier LP, qui joue d’une intelligente variété pour s’imposer. Très au fait du caractère catchy des riffs les plus clairement inspirés des nineties (« Obliterate the Weak »), Tomas et Alwin tissent donc un canevas très solide et classique, et s’il n’est pas des plus originaux, se montre d’une densité fiable et d’une portée efficace. Avec ses accès de double grosse caisse à intervalles raisonnables, l’album se montre donc sous un jour plus fin et roublard que la moyenne, mais nous propose quand même des intermèdes bien sauvages, à l’instar du puissant « Upon the Throne of Mortem » qu’AT THE GATES et DEICIDE auraient pu composer ensemble. La production, évidemment énorme reste suffisamment analogique pour qu’on encaisse ses graves directement dans le thorax, et le son d’ensemble est si énorme qu’il peut provoquer l’apoplexie par moments, ce qui n’est évidemment pas fait pour déplaire. Et si l’ambiance générique empeste la Suède la plus formelle, le tour d’horizon n’est est pas moins exhaustif, et témoin d’une période pas si lointaine.

Mais l’avantage de BERZERKER LEGION est de ne pas jouer sur la fibre nostalgique plus qu’il n’en faut. Sans prétendre s’ancrer dans son époque, le groupe ne cherche pas à reproduire à l’identique et assume son expérience. En quarante-cinq minutes, il réussit surtout à ne pas lasser, ce qui n’est pas un mince exploit dans le créneau. Et avec une telle attaque frontale en règle, les croyants de rester hébétés par tant de haine à leur égard, certains d’avoir croisé un représentant de Lucifer sur terre.     

    

Titres de l’album :

                          01. Rise of the Berzerkers

                          02. A World in Despair

                          03. I Am the Legion

                          04. Of Blood and Ash

                          05. Obliterate the Weak

                          06. The Falling Dawn

                          07. The King of All Masters

                          08. Upon the Throne of Mortem

                          09. A Lurking Evil

                          10. In the Name of the Father

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par mortne2001 le 11/06/2020 à 18:38
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