Pour ce deuxième épisode de BEHIND THE DEVIL, on retrouve un intervenant particulier puisqu'il n'est nul autre qu'un des fondateurs de votre webzine préféré Metalnews.fr. Sa passion ne s'arrête donc pas à ce zine', en effet il a également créé en 2018 le label Sleeping Church Records, et chante également dans le groupe FATHER MERRIN (Possessed Doom Metal).


.Pour commencer Aymerick peux-tu te présenter toi et le Label Sleeping Church Records ?

Sleeping Church Records c’est la réunion de 3 passionnés, on s’est rencontrés par l’intermédiaire de nos groupes respectifs et on avait tous les 3 en tête de monter un label un jour. Jusqu’au jour où Mathieu a concrétisé l’idée de nous réunir. Le postulat de départ est simple, mettre en lumière des groupes auxquels nous accrochons musicalement et esthétiquement.


Le milieu de la scène underground vit notamment grâce à des petits labels comme le votre, fait de passionnés (merci à vous) pourrais-tu expliquer ton parcours, comment tu en es venu à créer ce Label ?

Personnellement, j’ai une formation financière et je travaille dans cette branche aujourd’hui, ce qui aide pour une structure comme la nôtre car il faut bien avoir conscience de là où on met les pieds lorsque l’on monte un label, les utopistes qui pensent qu’il suffit de sortir un disque et qu’il va s’écouler dans le mois peuvent de suite changer de projet. Avant toute chose, nous essayons toujours de voir l’intérêt du groupe et de respecter son art, donc on s’inscrit dans le temps.

Je suis tombé amoureux du Metal avec mes connaissances au collège, comme beaucoup de passionnés de la scène. Ça a commencé gentiment avec le Live At Donnington d’AC/DC, les Use Your Illusions de GUNS N’ROSES, l’America Least Wanted d’UGLY KID JOE, les THE OFFSPRING de Smash, RAGE AGAINST THE MACHINE, FAITH NO MORE, bref toute une scène alternative dont NIRVANA car ma copine de l’époque était une inconditionnelle, qui passait à la radio en 1992 et après. Mais aussi IRON MAIDEN auquel j’accroche de suite, dès les premières notes du Real Dead One, Real Live One, Powerslave ou encore The Number Of The Beast, je découvre la discographie au fur et à mesure que je trouve les albums en magasin, ce groupe me fascine. Ensuite, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui mettaient la culture à un niveau d’importance que l’on ne rencontre pas dans toutes les familles, donc en plus d’avoir eu droits aux cours de solfège, j’ai aussi eu droit à un abonnement à la médiathèque de la ville voisine, ce qui fut pour moi, la boite de Pandore. J’y ai découvert THE CURE, FRONT 242, NAPALM DEATH, MORDRED, CHANNEL ZERO, SYMPHONY X mais aussi tout un tas d’autres groupes qui m’ont permis de tester beaucoup de choses et de styles différents. J’ai par exemple assisté à mon premier concert, LOUDBLAST + ARTSONIC suite à une discussion avec le mec qui gérait la médiathèque et qui m’a parlé de cette date. En parallèle, le rayon CD d’un hypermarché dans cette même ville proposait souvent des albums à 10 francs ( !), ça m’a permis de découvrir METALLICA, MEGADETH (dont le Rust In Peace !), MOONSPELL et là aussi de tester mes limites (j’ai vite découvert par exemple que FREEDOM CALL faisait partie de mes limites), à cela vous ajoutez, les découvertes des copains et les samplers des magasines et voilà comment on devient éclectique.  La curiosité ma toujours amené vers d’autres groupes, c’est la raison pour laquelle, il y a très peu de groupes pour lesquels j’ai la discographie complète (IRON MAIDEN, AC/DC, TYPE O NEGATIVE, SENTENCED et bien entendu les maîtres... PARADISE LOST) car il est difficile de trouver une ambiance qui me parle sur l’ensemble d’une discographie, c’est le cas de MEGADETH par exemple dont j’ai décroché il y a bien des années, j’aime toujours autant les anciens albums mais je ne trouve plus d’intérêt à écouter ce qu’ils font aujourd’hui, il me faut une âme et c’est principalement dans l’underground lorsque les groupes crèvent la dalle que l’on a cet esprit, dans le confort, certains se perdent très vite. L’exemple avec CRADLE OF FILTH, j’aime beaucoup Cruelty And The Beast mais même si les derniers albums reviennent à quelque chose de plus brutal, ça manque d’âme, ça tartine dans le vide.

J’ai, depuis très longtemps, eu le sentiment que je pouvais être dans un groupe, ça a mis du temps à se concrétiser mais lorsque l’occasion s’est présentée, j’ai sauté le pas. Idem pour le label, prendre un groupe est le porter le plus haut que je peux avec mes moyens, voilà ce qui me motive. J’aimerais beaucoup que l’un ou plusieurs de nos groupes signent sur un label plus important et qu’on réussisse à faire grandir le label en même temps que d’autres groupes du label. Très clairement, si je m’étais arrêté aux groupes locomotives du style, je n’aurais jamais monté un label, c’est de cette immersion dans l’underground (et encore y a bien plus underground que moi...) qu’est née cette envie de créer un label. C’est un milieu passionnant où je trouve aujourd’hui les groupes les plus intéressants pour moi mais attention tout ceci résulte d’un parcours et de goûts personnels, pas d’une façon de faire unique.


Vous avez monté ton Label il y a peu de temps il me semble, comment se passent ces débuts ? Est ce que vous avez des difficultés à gérer certaines choses ? Est ce que les premiers résultats sont à la hauteur de tes espérances et vont vers le positif ?

Le label a officiellement été lancé début 2018 avec  l’objectif de sortir les versions vinyles de l’album éponyme de PRESUMPTION, et le Lost’N’Drunk de THE BOTTLE DOOM LAZY BAND avant de s’attaquer à une nouvelle sortie. On connaissait déjà les partenaires avec qui nous allions travailler pour le pressage, on a décidé de faire confiance à une société qui s’appelle Vinyle Records Maker à Châtellerault pour les vinyls et Hurricane pour les CD. La principale difficulté est de faire connaître le label auprès du public mais aussi de la presse spécialisée afin que nos sorties aient un maximum de visibilité, cela nécessite d’injecter des sommes sans jamais espérer de retour sur investissement, on le savait au départ donc nous n’avons pas été surpris. Mais on ne veut pas faire n’importe quoi non plus, on réfléchit chaque étape avant de sortir un groupe y compris la promotion car sortir un album sans mettre de promotion en face, ce n’est pas intéressant, ni pour le label, ni pour le groupe.

Bien entendu, l’année 2018 n’est pas une année positive s’il on s’arrête à l’aspect purement financier mais en termes de réalisation, c’est clairement une année positive avec les 2 albums vinyls, le premier EP des excellents RITUALS et la co-production sur le split FATHER MERRIN / CLEGANE paru en novembre dernier, on a déjà bien travaillé je pense et ce sont surtout des sorties de groupe en lesquels nous croyons énormément.

Votre roaster et votre distro sont composés de groupes au style pointu, est ce que votre ambition est d'avoir une ligne éditoriale spécialisée ? Pourquoi, car tu es quelqu'un d'assez éclectique dans ce que tu écoutes ?

Le roaster, et à un degré moindre, la distro, sont les reflets des goûts musicaux des 3 têtes qui composent Sleeping Church Records. Pour le roaster, nous devons impérativement avoir l’envie de sortir le disque tous les 3 et que cela rentre dans l’image que l’on aimerait avoir pour le label, ce qui explique que malgré mes goûts éclectiques, je ne puisse pas le transposer dans les sorties de Sleeping Church Records. On vise des styles assez différents allant du Black en passant par le Death ou le Doom mais aussi pourquoi pas le Grindcore, ce n’est pas tant une histoire de style mais plutôt d’ambiance qui se dégage de la musique et du groupe. Ceux qui ont jeté une oreille à RITUALS par exemple vont très vite comprendre l’idée, il existe beaucoup de groupes de Melodic Death Metal, mais beaucoup d’entre eux sonnent comme un SOILWORK récent et non comme un LIERS IN WAIT, on a une vision assez old-school du Metal, ça ne veut pas dire que l’on réfute les autres groupes mais comme ça ne nous touche pas, même si ça pourrait être vendeur, on ne fait pas ! 

Pour la distro, on s’attache à traiter avec des labels qui nous plaisent comme Aesthetic Death en Angleterre ou Krucyator Productions en France mais trouver des partenaires intéressés pour du trade lorsque tu débutes, ce n’est pas évident, alors pour l’instant la distro est encore assez maigre mais au fil du temps cela sera amené à grossir car c’est aussi une façon de soutenir la scène en distribuant à travers notre réseau des albums de groupes et de labels dont on se sent proche. Pour la distro, il faut qu’il y ait une connexion avec nos sorties car quelqu’un qui vient sur notre shop doit pouvoir être intrigué par un album Sleeping Church Records comme un album issu d’un autre label, cette personne doit se dire, si c’est chez Sleeping Church Records c’est que ça va me parler, que l’ambiance est commune aux autres sorties que j’ai aimé chez eux.


Quels objectifs vous fixez-vous pour cette année ? Combien de sorties, quelles ambitions ?

L’année 2019 sera celle de la confirmation. En 2018, nous avons travaillé des groupes dans notre giron (excepté RITUALS en Australie mais dont le chanteur est français), en 2019 nous allons ouvrir ce cercle et ça va démarrer très fort avec un groupe français de Black Sludge qui publiera son premier album, nous avons pu l’écouter et des dents vont tomber, c’est clair ! Ensuite, nous reviendrons vers des terrains plus Doom avec une belle surprise venant de la scène hexagonale, c’est un projet qui nous tient à cœur et qui pourrait voir le jour d’ici le mois de juin. Nous avons aussi d’autres projets mais il faut que les albums soient enregistrés avant d’en dire plus. Mais parmi les projets, nous aimerions aussi sortir des splits 7ʺ avec un groupe par face, en mode old-school, nous avons approché quelques groupes qui semblaient être intéressés, là encore c’est quelque chose qui ne sera pas rentable à mon avis mais je suis tellement fan de ce genre de format que si on peut mettre en lumière des groupes que nous aimons de cette façon là, alors on le fera.

En termes d’objectif, disons que si on fait 4 sorties cette année, ce sera déjà une belle année car nous ne voulons pas griller les étapes, pour l’instant le financement vient de notre poche, on arrive à autofinancer la promotion via le label, ce qui est déjà bien, mais on ne veut pas se mettre en galère financière et on préfère faire grandir la structure de façon saine et pérenne car à travers une sortie, on s’engage à long termes avec un groupe, notre travail ne s’arrête pas à la sortie, il faut faire vivre l’album derrière.

Est-ce compliqué au quotidien de s’occuper de la gestion de ce Label indé ? Combien de temps par jour/semaines ?

Alors comme dit plus haut, on est 3 à gérer le label même si la gestion au quotidien est surtout assurée par Mathieu et moi-même. Tout ce qui concerne le travail sur une sortie en elle-même est un bonheur, discuter avec les musiciens, mettre en place le pressage avec les partenaires, sortir le disque et voir les réactions qui montrent qu’on ne s’est pas trompé, c’est vraiment plaisant. Ensuite, il y a la partie paperasse, on a créé le label sous la forme d’une association loi 1901 alors lorsque tu vas voir une banque pour un compte et que tu expliques le rôle de l’association avec le nom, c’est sur que le regard de l’interlocuteur est d’un vide intersidéral. Mais on y arrive, on ne lâche rien, il faut essayer d’amener la personne en face de nous plus loin que la règle Musique Metal = Satanisme. On a la chance de connaître un peu les interlocuteurs pour des sujets de notre vie personnelle alors ils sont un peu moins réfractaires.

C’est difficile de quantifier le temps passé car ce n’est jamais toute une journée mais plutôt une succession de plages courtes. Il y a aussi le travail d’écoute de nouveaux groupes ou ceux déjà établis pour essayer de trouver de nouvelles perles sans non plus tomber dans l’excès, c’est souvent au gré du hasard que l’on tombe sur des groupes qui nous plaisent et il faut de la persévérance car pour 100 groupes écoutés, tu en contactes même pas 10% et seulement 1 va peut-être te dire OK. Mais déjà lorsque tu ne prêtes pas attention aux gars que tu ne connais ni d’Adam ni d’Eve, qui t’envoient un Messenger avec juste un lien et « écoutes ça, tu vas adorer » (je vous épargne les fautes d’orthographe), tu gagnes un temps certain car on est submergé par les demandes de gars pensant que le monde de la musique les attend.


Le but de cette interview, est de voir un peu l’envers du décors, ce qui se cache derrière la musique. Pourrais-tu nous expliquer un peu le processus de production, comment toi tu fonctionnes avec les groupes ?

Déjà, avant toute chose, il y a le contact avec le groupe, que ce contact vienne d’eux ou de nous. On échange déjà avec eux sur leurs projets, de ce qu’ils souhaitent pour leur sortie, le format notamment, on discute de choses et d’autres pour installer une confiance réciproque très importante pour nous. On a un deal type qui est le même pour tous les groupes en attendant de pouvoir faire mieux. On pratique la même chose que beaucoup de label, on donne un pourcentage du pressage au groupe pour qu’il le vende sur leur stand en concert, mais comme on traite avec des groupes dont les musiciens ne sont pas professionnels (non inscrits à la SACEM par exemple) cela nous facilite grandement la tache car c’est une gestion particulière qui nécessite un peu de métier avant de s’y atteler. Viser de signer des groupes professionnels ou semi-professionnels est une illusion lorsque tu débutes mais bien entendu, on espère pouvoir s’y frotter prochainement car ça peut nous limiter.

Ensuite, il y a la réflexion sur le coût de la production du disque, on fait toujours attention à ce que le prix de revient soit cohérent avec un prix de vente de 10€ environ pour un CD et 12 à 15€ pour un LP sachant que l’on prend en charge la promotion et le pressage. Tout ce qui est enregistrement, artwork etc est à la charge du groupe, encore une fois, faire plus on aimerait beaucoup mais pour le moment c’est ce que l’on peut offrir. A termes, on réfléchit aussi au support pour faire tourner les groupes du label car ça passe également par là mais il faut un réseau que nous n’avons pas encore.

Enfin, il y a l’acheminement des exemplaires au groupe, le suivi promotionnel de l’album, l’édition de support promotionnel comme les flyers par exemple, trouver des partenaires de trade pour essayer de distribuer un peu nos sorties sans passer par des intermédiaires uniquement intéressés par l’argent, la gestion des demandes promo comme les interviews des groupes, il faut être couteau suisse et savoir mesurer les risques sans avoir peur d’en prendre, un jeu d’équilibriste en quelque sorte.


Peut-être que dans nos lecteurs, certains rêvent de monter leur label afin de produire les groupes qu’ils aiment. Qu’aurais-tu comme conseils à leur donner toi qui vient d'en monter un ? Est-ce réalisable aujourd’hui ?

Avant tout si tu as un entourage qui n’est pas prêt à te suivre dans cette aventure, lâches de suite cette idée car sans le soutien de ma femme et de mon entourage, ce n’est absolument pas possible, un label comme le nôtre a des répercussions sur ma vie de famille qu’il ne faut pas négliger au moment de se lancer mais sinon,

Première chose, si tu n’es pas passionné, tu peux oublier.

Deuxième chose, si tu n’as pas de finances et que tu comptes en vivre, tu peux oublier

Troisième chose, si tu as eu l’idée ce matin en te levant, attend un peu avant de passer à l’acte

Je pense que le principal est de ne sortir que ce que tu aurais acheté toi-même, avoir des partenaires pour les tâches de sous-traitance comme le pressage, de confiance, le but n’est pas d’aller au moins cher mais d’aller vers une qualité optimum pour un prix convenable. Il faut passer un long moment pour avoir une idée précise de ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Par exemple, lorsque nous avons débuté, j’ai été surpris de l’enthousiasme des autres labels de voir des personnes s’investir dans un nouveau label. Fabien d’Infernö Records et Bleed Records, Loïc de Krucyator Productions ou Stu d’Aesthetic Death se sont montrés très positif à notre égard et il est très important de ne pas être seul dans son coin car pour servir au mieux l’intérêt du groupe, car c’est ce qui nous anime, il faut lui offrir de la visibilité. Cela ne nécessite pas forcément de s’asseoir sur ses principes mais de trouver les bonnes personnes car la scène regorge de mecs passionnés qui passent une bonne partie de leur salaire pour faire vivre leur label.

Ce qu’il faut c’est de la réflexion, de la persévérance, de la patience, de la curiosité entre autres choses, mais bien sur que c’est réalisable aujourd’hui, à condition que cela reste du bénévolat et animer par la passion.


Le but pour vous est-il d’en vivre à un moment ?

Le but premier, non ! Ni le deuxième d’ailleurs... Toutefois, je suis quelqu’un qui m’adapte facilement donc si un jour on publie l’album d’un groupe qui connait la fulgurance d’un GHOST et que nous devions arrêter de travailler pour nous consacrer au label, je sais que je n’hésiterais pas bien longtemps pour foncer. J’adore parler de ma passion alors si je peux faire ça toute la journée...

Je dis souvent que la finance n’est pas ma passion et que ce n’est qu’un boulot alimentaire, si je peux le concrétiser...


Ce qui fait peur souvent c’est la paperasse, les déclarations et compagnies, en réalité qu'en est-il ? Est-ce surmontable ? Votre activité est déclarée ? Signez-vous des contrats avec tous les groupes ? Quels sont les risques là-dessus pour vous ?

Oui la paperasse est assez pesante à la constitution de la structure. On nous a demandé des renseignements que l’on avait pas du tout anticiper auparavant comme notre chiffre d’affaires par pays afin de vérifier que nous ne commerçons pas avec des pays frappés d’embargo par exemple, si tu n’as pas bien construit ton truc dès le départ, c’est le genre de choses qui peuvent t’agacer et te décourager. Il ne faut pas avoir peur de demander des renseignements, de savoir s’entourer de personnes qui ont déjà pratiqué ou qui connaissent ce monde là.

Mon activité n’est déclarée qu’à travers mon appartenance à l’association qui supporte le label mais sinon, l’administration n’a aucune déclaration de ma part.  

Dès le départ, nous avons voulu donner un cadre sérieux aux échanges et aux deals que l’on avait avec les groupes, nous établissons donc un contrat pour toutes les sorties. Cela permet simplement aux groupes de savoir ce que comprend notre part du marché et la leur, encore une fois, on a le plus grand respect pour les artistes que l’on représente et cela nous semble naturel de procéder ainsi. Toutefois, avec ce contrat, on ne fait qu’énumérer les conditions de rétribution de la part qui revient au groupe, pour moi, comme pour les 2 autres membres du label, le risque est principalement financier, nous n’avons pas de manifestation publique, nous contrôlons ce que nous publions, je ne vois pas ce que l’on pourrait risquer pénalement par exemple. Mais comme pour tous membres du bureau d’une association loi 1901, on est jamais totalement à l’abri, il faut donc rester vigilent et bien réfléchir aux conséquences de ce que l’on fait.


Est-ce que tu as eu peur au moment de lancer le label, ou à certaines périodes difficiles ? Des paris risqués par exemple ?

Peur, non ! Notre projet est très réfléchi, chaque sortie est pesée et discutée en interne. C’est quelque chose que l’on voulait vraiment réaliser, c’était une volonté profonde, donc lorsque tu es sûr de ton projet, tu n’as pas peur, tu es un peu fébrile au moment du lancement mais notre entourage s’est montré tellement enthousiaste à propos de cette idée que l’on s’est dit qu’autant de personnes ne pouvaient pas se tromper à ce point.

Après, pour les risques, pour un label comme le notre, chaque sortie est un paris risqué. Lorsque l’on prend la décision de sortir le premier EP de RITUALS c’est un vrai pari risqué. C’est un groupe Australien, donc peu de chance qu’ils jouent par chez nous prochainement, c’est un groupe qui débute même si les membres ont déjà joué dans d’autres groupes dont DESTROYER 666 qui ne sort pas de nulle part quand même, personne ne les attend si tu veux... mais les 4 titres nous ont tellement plu que l’on a pas hésité bien longtemps.

Pour les prochaines sorties, cela va de nouveau être des paris risqués, on le sait. Mais les 2 prochaines sorties sont vraiment des projets qui nous tiennent à cœur, on a pris une bonne claque avec celle qui va débarquer d’ici deux mois. Plus tard dans l’année, lorsque l’album sera enregistré, nous proposerons un album qui nous motive également énormément, je ne peux pas en dire plus pour le moment, mais le label va clairement rentrer dans une autre dimension cette année.

A l’heure du numérique, on est tenté de se demander si les labels ont encore un rôle à jouer notamment pour les petits groupes. Pour toi qu’est-ce qu’un bon Label ? Quelles missions doit-il pouvoir réaliser ?

Question extrêmement difficile car à aujourd’hui le prix d’un pressage est plus abordable qu’il y a quelques années. Certains groupes ne voient même plus l’intérêt de proposer une version physique, très clairement, ce n’est pas avec ces groupes que nous travaillons même si nous respectons leur choix. On travaille selon notre vision assez old-school du Metal, donc sortie physique. Mais cela ne nous empêche pas de recevoir beaucoup de demandes, donc si un label ne servait à rien, les groupes s’en seraient rendu compte, je pense. Le logo d’un label au dos d’une sortie est encore assimilé dans la tête des gens à groupe sérieux.

Chez Sleeping Church Records, voilà ce que l’on propose : pressage de l’album (CD et/ou vinyle), distribution et promotion. Pour moi c’est le minimum de ce qu’un label doit faire et il ne doit surtout jamais demander 2000€ au groupe pour que le label publie son album comme j’ai déjà pu le voir, le risque financier incombe au label !

On reçoit beaucoup de demandes pour publier des albums en LP car le prix du pressage est encore assez fort pour un petit groupe (même certains déjà établis d’ailleurs), on verra lorsque cette mode sera passée mais je pense que la musique Metal a toujours des amateurs de formats physiques. L’aspect promotion est très important également, et pour le groupe, et pour le label. A aujourd’hui, on fait avec nos moyens mais on fait quand même. Sur l’aspect distribution, comme on débute, notre réseau n’est pas encore bien structuré mais cela va faire partie des prochaines tâches qui nous attendent et pas seulement pour les ventes de disques mais aussi pour l’organisation de concerts, les organisateurs font jouer des groupes dont ils connaissent déjà au minimum le nom.

Par exemple, répondre à une sollicitation comme la tienne est tout à fait normal, à travers l’image du label, des gens peuvent être attirés et se pencher sur nos sorties, il ne s’agit pas de se prostituer mais seulement mettre en valeur son travail et montrer que l’on est fier de ce que l’on fait, on est dans la communication basique.


Toi qui es un acteur actif de cette scène « underground », est ce que tu trouves qu’il y a des dérives dans cette scène, ou des choses qui t’agaces ?

Des dérives oui comme pour tous milieux, il y a toujours des gens sans scrupule qui profitent de la passion des gens. Lorsque je vois que des groupes paient pour qu’un webzine ou magazine publie une chronique, une interview, etc, ça me dérange. Lorsqu’un label demande 2000€ à un groupe pour sortir l’album et que si l’intégralité du stock n’est pas vendu sous 2 ans, le groupe s’engage à racheter les exemplaires restant, ça me choque. Lorsque des tourneurs réclament un montant énorme à des groupes pour faire la première partie de groupes établis, sachant que cette somme couvre le risque pour l’ensemble de la tournée, ça me choque. Lorsque les organisateurs de concert font jouer tout le temps les mêmes groupes locaux en première partie, ça me dérange également. Mais heureusement, majoritairement, on rencontre des passionnés qui ne vivent que pour cette musique, cette communauté qui a, comme toutes les autres, ses brebis égarées.


Tu chantes également dans le groupe Father Merrin que tu produis sur ton label, parle nous un peu de ce projet !

Le split de FATHER MERRIN et CLEGANE est sorti en co-production en fait avec Almost Famous et autoproduction pour FATHER MERRIN. Le deal était simple, simplement participer au financement de cette sortie, le fait est que l’on a eu l’occasion de greffer cette sortie dans notre planning de promotion, on a pas hésité à le faire. Le but de Sleeping Church Records n’était pas de s’occuper de FATHER MERRIN mais beaucoup de gens nous ont dit qu’il serait dommage de ne pas profiter de cette structure pour y intégrer ce groupe comme PRESUMPTION, qui est le groupe de Mathieu et Anaél qui sont avec moi dans le label. Donc, on a un peu revu notre position sur ce sujet.

FATHER MERRIN c’est un groupe qui date de 2009 et qui pratique ce que l’on a baptisé Possessed Doom Metal. On nous assimile souvent comme une rencontre de CATHEDRAL et de TRIPTYKON (ou CELTIC FROST). On a publié un premier EP, All Is Well That Ends In Hell, en 2014 et venons de publier un split LP avec CLEGANE avec qui nous avons déjà tourné. Là, on travaille sur notre premier album maintenant que notre line-up s’est stabilisé avec l’arrivée de T à la guitare, ceux qui veulent écouter peuvent se rendre sur https://fathermerrin.bandcamp.com/ et on espère pouvoir donner une suite très vite que ce soit sur scène (appel aux organisateurs) ou en studio, mais je peux déjà vous dire que les nouveaux morceaux sont vraiment puissants.

Peut-être que certain l'ignore ici mais tu es également l'un des fondateur de Metalnews, un autre projet qui te prend beaucoup de temps, est ce que c'est facile pour toi de cumuler ces deux projets ?  

"Fondateur" c’est un bien grand mot et vis-à-vis de Fabien qui est à l’origine de cette idée, ça me gène un peu... Disons que je fais partie de ceux qui ont très vite répondu positivement pour la création de ce webzine avec Sheb, JeremBVL, Jus de cadavre et Mortne2001 qui ont très vite rejoint l’équipe. J’y ai rencontré des gars qui ont la même sensibilité musicale que moi et franchement de très bon gars qui savent mettre leur personne en retrait pour le bien de Metalnews.fr

L’important est de cloisonner au maximum les différentes activités, lorsque je suis dans le cadre du label je réfléchis comme tel, idem pour le groupe et le webzine, cela doit paraître un poil schizophrène mais c’est important car même si des connections sont inévitables, je ne souhaite pas que les 3 activités soient mélangées et dépendantes l’une de l’autre. Ainsi je ne m’interdis pas de penser que FATHER MERRIN puisse sortir un disque sur un autre label et je ne demande pas aux chroniqueurs du webzine de faire des chroniques des sorties du label, même si je les propose à l’équipe bien entendu, rien ne sert de se tirer une balle dans le pied non plus.

Au sein du label, on croit énormément aux disques que l’on publie mais je n’ai pas à imposer notre vision à l’équipe du webzine. De même, si ce que propose Sleeping Church Records ne convient pas aux membres du groupe FATHER MERRIN, je n’aurais pas de mal à rejeter l’offre à laquelle j’ai moi-même participé

Tout cela me prend du temps c’est certain, et comme je le disais plus haut, sans une femme et une famille qui me soutient dans ma démarche, ce ne serait pas possible. Mais je ne vis pas cela comme une contrainte, publier une news d’un groupe et voir que cela engendre des réactions comme l’envie d’acheter l’album dont tu viens de parler, c’est simple mais ça me plait. La musique Metal est ce qui m’anime et sans vouloir faire le mec mystérieux, sans cette musique et cet environnement je ne sais pas ce que je serais aujourd’hui...

Enfin, pour en revenir au webzine, j’en profite pour saluer Bruno de Heavy Sound qui m’a accueilli dans son équipe il y a plusieurs années, sans lui je ne pense pas que je ferais partie de cette aventure Metalnews.fr...

ʺMoi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi... et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie... ʺ


Et bien c’était tout pour moi, je te laisse le mot de la fin !

Tout d’abord un grand merci à toi pour mettre en lumière les petits acteurs de la scène comme les labels. Que les gens aillent sur notre page Bandcamp toutes nos sorties y sont présentes, faites-vous votre idée de ce que l’on vous propose et n’hésitez pas à soutenir cette scène vivace car nous sommes vigilant à proposer un objet artistique et non commercial. On revient très vite avec de nouvelles sorties qui s’annoncent énormes.

Souvenez-vous que ce qui fait vivre la scène c’est tout autant les grands groupes installés issus de grands labels que les groupes locaux qui animent vos scènes tout au long de l’année, attisez votre curiosité et faites vous votre propre opinion !

SleepingChurchRecords.com
Bandcamp
Facebook


par L'Apache le 22/02/2019 à 09:04
   289

Commentaires (10) | Ajouter un commentaire


JTDP
@193.54.246.54
22/02/2019 à 14:32:01
Merde, mais c'est mortel RITUALS ! J'étais complètement passé à côté... Chouette interview encore une fois et bonne continuation à Sleeping Church Records ;-)

Jus de cadavre
membre enregistré
22/02/2019 à 15:48:49
Cool oui l'interview ;) Un groupe, un label et le zine... Je sais pas comment tu fais Simo ! :D

Simony
membre enregistré
22/02/2019 à 21:51:53
Allons allons, j'ai des gens qui m'aident bien autour de moi, tu sais de quoi je parle Jus de cadavre... c'est aussi grâce à des personnes comme toi que tout cela est possible.

Nono666
@77.206.34.121
23/02/2019 à 14:12:52
Merci pour ce petit clin d’œil à Heavy Sound et content de t'avoir eu au sein de l'équipe dès les tout débuts de l'aventure... et longue vie à Sleeping Church Records et Metalnews !

grinder92
membre enregistré
27/02/2019 à 12:02:59
Un petit problème d'hyperactivité peut être mon cher Simo ? ;-)
Je te mets quelques boites de Ritaline de côté ! :-D

Jefflonger
@92.167.120.112
27/02/2019 à 20:30:46
Encore une interview intéressante

Humungus
membre enregistré
28/02/2019 à 06:19:09
1) "Encore une interview intéressante"
Tu m'étonnes !
Je connais un chouilla Sieur Simony mais ne savait pas qu'en plus de son poste ici et dans FATHER MERRIN, il cogérait également désormais un label.
Pfiou... C'est effectivement un sacerdoce à ce niveau là bordel !
Céfilitation mon gars !!!
C'est grâce à des gaillards comme toi que la scène est ce qu'elle est et que des p'tits mecs comme moi prennent leur pied.
2) "Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi... et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie... "
??? ??? ???

grinder92
membre enregistré
28/02/2019 à 08:16:43
Et c'est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée... Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l'interlocuteur en face, je dirais, le miroir qui vous aide à avancer.

Buck Dancer
@92.154.3.231
28/02/2019 à 09:30:41
Mais c'est une bonne situation ça scribe ?

Très bonne interview oui !

Humungus
membre enregistré
28/02/2019 à 14:54:55
Ah ouais d'accord...
Je viens de faire une petite recherche Google là et je comprends mieux désormais.

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C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?


Autant pour moi !
Ce que j'aime bien dans le projet, c'est qu'on a un peu l'impression de déconner entre potes de longue date.


Alors dans mon esprit ce n'était pas du tout du second degré en fait. C'est une des influences principales du groupe (parmi de nombreuses autres), c'est pourquoi j'ai choisi cette dénomination.
Quoiqu'il en soit je suis absolument d'accord avec toi, c'est carrément bien fichu et d'une inc(...)


"La voix, sa voix, est là, toujours hostile, semblant parvenir du plus profond des enfers. Elle est intacte, unique"
Tout est dit mec !


Je trouve ça un peu sévère de qualifier ça de "néo métal". Car même si le côté humoristique ferait penser à un truc sans prétention, ça reste quand même plutôt bien fait.


https://necrokosmos.blogspot.com/2019/05/le-groupe-americain-sort-son-premier.html


"Autre phénomène à la mode bien ridicule est à mon sens le « Ghost bashing »"...
Bah excuses moi gars, mais si je n'aime pas GHOST et surtout ce qu'ils sont devenus désormais, crois moi bien que je ne vais certainement pas me faire prier pour le dire.
Je les ai vu pour la toute pr(...)


cool report !

peut etre aussi moins de monde car affiche avec au final tres peu de black comparé aux précédentes éditions j'ai l'impression,mais ca reste plutot bien fat comme affiche ! il va bien falloir que je me deicide a bouger mon boule en Hollande.


ca faisait longtemps que je n'avais pas ecouté Hate, et merdum ? c quoi c'truc tout mou


*que pour les marathoniens


Concernant la bière si il faut choisir oui la Jup c'est mieux que la kro mais bon... on a sans doute trop pris l'habitude des bonnes bières artisanales qu'on trouve partout aujourd'hui ;)
Sinon oui au début (et / ou bourré) la salle c'est un peu Poudlard : quand on prend un escalier on sai(...)


j'aime bien , un album ou on discerne chaque intrument. A retenir dans un coin de la tête pour cet été.