Gojira à Bercy

Gojira, Alien Weaponry, Employed To Serv

Accorhotels Arena, Paris (France)

du 25/02/2023 au 25/02/2023

À l'origine, cette tournée devait se tenir en février 2022. Gojira à Bercy, c'était un symbole immanquable pour les vieux fans qui les ont vus grandir depuis les salles des fêtes de bourgades rurales du Midi à des salles de plus en plus importantes devant des publics grossissants, jusqu'à toujours plus loin. Pour la scène musicale française globale, c'est une forme de consécration et nous nous devions de les y accompagner. Hélas, la cérémonie avait été repoussée d'un an en raison d'une énième vague de covid-19. Entretemps, Gojira avait calé un arrêt à Albi en juillet 2022 où nous étions allés un peu à défaut à l'aller, et la mégatarte reçue alors nous avait persuadé de conserver le billet pour ce soir. J'avais même recruté (sans trop devoir forcer) un camarade pour l'occasion. Revoir Gojira deux fois en sept mois, c'est tellement 2004-2005…

Du déplacement vers la capitale saisie par l'hiver à l'entrée dans le vaste palais des sports, tout s'est passé fluidement. On retrouvait comme par hasard quelques autres vieux compagnons des concerts languedociens dans le hall, près d'un merch' devenu bien cher (mais moins que sous la tente à l'extérieur) mais plus typé Metal qu'à d'autres périodes du groupe. Naturellement, un stand de Sea Shepherd se tenait au débouché de l'escalier d'accès, c'est un concert de Gojira. Si ce n'était pas tout à fait complet, on n'était finalement pas loin du compte avec cette foule copieuse de purs metalleux mais très divers selon les générations et les appétences probables : Gojira met tout le monde d'accord en concert et rassemble autant des vieux passionnés aux cheveux blancs qui attendent surtout la prochaine tournée d'adieu de Kiss que des étudiants qui tétaient encore leurs mères quand Godzilla changea de nom – voire encore moins. Mieux encore, j'apprendrai à la fin du concert que mon frère d'armes était voisin avec des Australiens et surtout des Brésiliens qui avaient casé un voyage de deux semaines en France autour de ce concert spécialement !!! Si c'était pas un événement… !


Petite déception par contre en gagnant ma place numérotée : trompé par le souvenir de MetallicA placé au centre dans le même lieu, j'étais situé en fait quasiment plein axe mais bien loin par rapport à la configuration scénique classique qui était aménagée. J'aurais dû prendre une place en fosse. Mais ce n'est pas bien grave après les avoir vus récemment et tant de fois auparavant.


EMPLOYED TO SERVE ouvrit le ban à l'heure fixée, alors que ce n'était pas plein. Gojira a donc réembarqué pour cette tournée les mêmes premières parties que l'été dernier, constant dans le soutien. On repassera donc pour les surprises en ce qui me concerne, mais comme j'avais bien aimé ce groupe Anglais je ne m'en plaindrai pas. Leur Metal Hardcore relève d'une époque plus ancienne que le Metalcore, et c'est bon de réentendre ça. Leurs titres frappaient rudement à coups de bons riffs – y'a intérêt à ce qu'ils soient bons, dans leur style. Il y a un décalage sensible entre le look bien Metalleux en noirs et cheveux longs du quintet et cette part de gros HC qui revient sans cesse. La growleuse (on ne parlera pas de chanteuse en l'absence de parties claires) portait cette fois une robe longue fendue également un peu à contrepied d'un répertoire en forme de parpaings, sa performance étant aussi impeccable que la fois précédente. Globalement le groupe est assez extraverti et communicatif, et s'est taillé d'entrée un beau succès auprès de la fosse déjà avide de bravehearts. J'en aurais volontiers pris un peu plus, mais en une demi-heure l'affaire était pliée.


De la même manière ALIEN WEAPONRY revenait aussi de sa lointaine Nouvelle-Zélande. D'origine Maorie, ils nous refirent comme cet été le coup de l'entrée en scène progressive, ouverte par le batteur installé en surplomb qui commanda un bref haka à trois en guise d'introduction. Largement inspirés par leur culture, leur Metal serait plus qualifiable de tribal que Folk car il s'enracine entièrement lui aussi dans le Néo lourd, coupé de fréquentes parties au chant clair qui inonda le monde autour de l'an 2000. Mon impression de cet été qui les rattachait plutôt à la vague PanterA-Machine Head me paraît maintenant trop approximative (en étant en surplomb et contraint à la station assise, les choses s'entendent plus clairement qu'à 40°c et pompette en festival). La lourdeur de l'ensemble faisait plus penser à une tentative de croisement entre Soulfly et Deftones, mais rendait hélas aussi mou que cet été, avec des riffs toujours aussi quelconques que les envolées assez poussives au chant clair. Pourtant la recette en elle-même pourrait marcher, la langue Maori se révélant tout à fait adaptée au Metal et les quelques samples tribaux faisant leur office. Un des titres était annoncé comme hommage à l'un de leurs lointains aïeux. Avec un jeu de scène plutôt spectaculaire, des harangues et des attaques accrocheuses classiques, le groupe gratta un certain succès auprès de la première moitié du parterre, tout là-bas, suffisant pour qu'ils prétendent s'en émouvoir. Le temps de jeu de trois quarts d'heure, sensiblement rallongé par rapport à juillet, ne m'a pas mieux convaincu. C'est original, mais on pourrait faire mieux.



Après vingt minutes de pause annoncée par la sono', les deux écrans de côté affichèrent le compte à rebours en secondes, qui remonta à bloc une salle où les quelques vides n'étaient presque plus visibles. Malgré la clameur prometteuse montant à mesure que les membres entraient en scène (Mario Duplantier le premier) dans un curieux brouillard artificiel au sol de la scène, les gradins autour de moi restèrent assis face à la déflagration que représente pourtant un titre comme "Born from One Thing", quelqu'un se faisant même tirer sèchement sur son siège et rabrouer à l'oreille par son voisin de derrière quelques places plus loin. Quelle différence avec MetallicA en 2017 au même lieu ! Le regret d'un mauvais placement qui me reprit d'un coup reflua cependant aussi rapidement : on allait revivre peu ou prou le dernier concert d'un autre point de vue, après tout. Quoique, comme à l'époque Gojira ne se satisfait pas de se répéter d'un coup à l'autre et cette fois ce sont deux extraits mammouthesques du troisième album qui suivirent en bombardement massif d'une grande fosse totalement déchaînée, les jambes de Joe semblaient même le démanger de l'envie de refaire les pas de dinosaure comme à la bonne époque ! La salve précoce de cotillons géants dès "Backbone" refit son apparition pour le plaisir de tous, même si ce n'est que la partie la plus proche sur qui elle retomba. Je me rendis compte au milieu d'un jouissif "Stranded" que j'étais intenable à bouger partout cloué sur mon séant, mais mes voisins immédiats qui étaient beaucoup plus statiques ne m'en tinrent aucune rigueur – qu'ils en soient remerciés. La structure plus progressive de "Flying Whales" permit de reprendre un peu ses esprits sans couper la dynamique. Si l'on ne distinguait pas tellement les détails de la scène, l'animation de l'écran était tout aussi luxueuse et l'on remarquait cependant la présence fréquente de cameramen sur la scène, laissant penser qu'un DVD viendra peut-être bien immortaliser l'événement en cours. Avec une telle profusion de fumées et surtout de flammes (inédites chez Gojira si je ne me trompe), on aurait pu se croire chez Rammstein !

Prenant pour la première fois la parole, Joe critiqua le "naming" d'un lieu emblématique du monde musical français et expliqua également les difficultés rencontrées pendant l'après-midi pour préparer le concert en un temps plus serré que prévu. Ce qui éclaire sans doute cette espèce de légère fébrilité, peu habituelle chez Gojira, mais bien palpable à plusieurs instants du show, comme si cette fois ils tremblaient un peu tout en franchissant l'étape supplémentaire que représente d'être tête d'affiche à Bercy. Mais la part spirituelle de Gojira n'était pas négligée, Joe esquissant un exercice élémentaire de pleine conscience collective sur le tempo de la caisse de son frère… mais qui ne vivrait pas l'instant présent à un concert pareil ?

Le quatrième album faisait ensuite son retour dans le programme avec "The Art of Dying", qui ne déparait en rien de l'énorme démonstration de défouraille Metal qui se déployait d'un titre à l'autre. Mario, entretenant son image de ludion de la bande, déclina en trois panneaux la bonne blague qui meuble son solo de batterie, en enchaînant au "J'entends rien" deux émoticones pour chambrer puis remercier le public vociférant. La promotion de "Fortitude", assez négligée à ce stade de la soirée, marqua la seconde moitié du set. Notamment avec "Another World" pour lequel Joe expliqua qu'à l'origine ils voulaient faire un clip beaucoup plus ambitieux. Mais au final ce dessin animé passe bien, surtout avec son final sur la Tour Eiffel on ne peut mieux à propos. Les titres extraits d'albums plus anciens soulignaient à la fois la volonté toujours aussi ferme de nous en mettre plein la figure, et que le groupe préférait rester encore sur ce qu'il sait faire de mieux plutôt que de valoriser les quelques expérimentations raisonnables du dernier album. La technique lâcha avant les corps, par l'écran géant côté droit en regardant la scène qui commença à se couper régulièrement. Le single postérieur à l'album "Our Time is Now", indisponible l'été dernier, vint s'ajouter avec sa structure fort basique, son éclair en illustration tout aussi basique, son bref solo (oui !) et son refrain direct, un morceau très spontané comme ils n'en avaient presque jamais fait.

Pour finir, Joe nous invita à mettre tout ce que nous voulions de négatif ou positif sur l'attendu "The Chant" dont il nous fit répéter le refrain avant d'attaquer. Ce titre est taillé pour une fin de set et le public continua évidemment le chœur une fois qu'il était terminé. Le redoutable, triomphal et hypnotique "Amazonia", déjà un classique, remit les choses au point avant que les quatre Landais ne se retirent.


La clameur et le tapage général ne tarda pas à les faire revenir pour un imparable "Silvera" qui montra que la masse des fans en avait encore bien sous la semelle, le braveheart géant repartant de plus belle ! Le tempo massif mais plus lent de "New Found" nous prépara gentiment à l'atterrissage, assuré par le mélancolique, énigmatique "The Gift of Guilt" qui devient presque émouvant avec son clip live en dessin animé à contre-jour et sa lente pluie généreuse de papillotes.


Après une heure cinquante de pilonnage magistral, le groupe salua avec justement une émotion évidente et resta longtemps, se confondant en longs remerciements, moment nuancé d'une pointe de malaise quand Joe se crut obligé de nommer le grand groupe hôtelier français et de revenir sur ses propos quelque peu agressifs à son égard vers le début de set… Ou il fallait ne rien dire au départ, ou il fallait assumer, mon bon ! Tout cela sera gommé dans le DVD probablement à suivre, mais ceux qui y étaient s'en souviendront. Dans l'immédiat, en retombant peu à peu de l'euphorie, je réalisai que pour la première fois, Gojira a écarté de sa programmation ses deux premiers albums en bloc. Le répertoire global des Landais (et particulièrement le set de ce soir) sont tellement homogènes qu'on ne passe pas la soirée à attendre tel titre ou telle période. Non, cela n'avait pas gâché mon plaisir, mais de la part d'un groupe qui incarnait parfaitement la mise en pratique de l'éternel retour comme l'authentique moyen vital de ne pas se perdre, cela donne à réfléchir. On suivra avec curiosité ce qu'il en sera à l'avenir.


Born for One Thing/ The Heaviest Matter of the Universe/ Backbone/ Stranded/ Flying Whales/ The Cell/ The Art of Dying/ solo de batterie/ Grind/ Another World/ L'enfant sauvage/ Toxic Garbage Island/ Our Time is Now/ The Chant/ Amazonia

Silvera/ New Found/ The Gift of Guilt


L'enthousiasme collectif était un peu délayé pour ma part du fait que ce concert historique avait inévitablement ressemblé, en bien des aspects, à celui qui m'avait terrassé il y a quelques mois. L'allégresse de mon compagnon de combat quand je le retrouvai (il était à quelques places de distance à peine, en fait) aurait néanmoins suffi à me faire comprendre l'intensité de l'expérience à peine terminée. Et pourtant, nous avons vus Gojira un certain nombre de fois – c'était la onzième pour moi si je compte bien.

Nous partîmes prendre une pinte et refaire le concert dans une des brasseries bordant la gare de Lyon avant de nous diriger vers nos gîtes respectifs. On se reverra, avec Gojira.


Pour des raisons d'emploi du temps, nous avions renoncés à enchaîner le lendemain avec la monstrueuse tournée Grindcore qui s'arrêtait à Paris le lendemain. C'est dommage pour les autres, mais ce n'est pas comme si nous n'avions jamais vus Napalm Death !


par RBD le 03/03/2023 à 16:49
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Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


RBD
membre enregistré
04/03/2023, 00:03:54

En me relisant je me rends compte que j'ai oublié de parler du son. Il n'était pas très bon, la batterie sonnant mal et les guitares noyant le reste, ce qui a été préjudiciable surtout au chant. Peut-être que cette impression était due à mon placement, mais je ne le crois pas. Je pense même au contraire que ça m'a évité d'être trépané par cette espèce de foreuse sonore mal calée. Dommage.

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