Les one-man-band sont monnaie courante dans le Black, le Noise et l’Indus. Mais ils sont déjà plus rares dans le domaine du Death Metal, style qui nécessite souvent une osmose générique entre ses membres, ce qui est difficilement possible lorsque ceux-ci sont au nombre de…un. Et pourtant, la démarche artistique en solitaire est aussi possible dans ce créneau, ce que nous démontre le projet OBTURATE, mené par le seul Phobos, un strasbourgeois qui n’a pas jugé utile de s’entourer de comparses pour élaborer son propre répertoire. Il est certain qu’avec les équipements personnels actuels, nul besoin de s’embarrasser de sidekick, et avec un bon computer, une carte son compétitive, du matos adéquat et un log genre Pro Tools, on se débrouille très bien tout seul, ce que démontre ce premier LP enregistré on his own par Phobos, et qui démontre certaines qualités individuelles notables. Evidemment, les one-man-bands ne sont généralement pas ceux dont la bio est la plus fournie, et me voilà fort marri de ne pouvoir vous en dire plus sur le bonhomme, ne sachant rien de son passé, et pas grand-chose de son présent, si ce n’est qu’il a sorti au mois de février son premier effort, The Bleeding Mask of Dread. S’affiliant dans la frange la plus brutale du Death contemporain, le concept OBTURATE est plutôt simple d’approche, et ne cache en rien ses influences, qui sont d’ailleurs assez évidentes après écoute du LP en question. En dix morceaux et une grosse demi-heure, le strasbourgeois fait donc le tour de la question Death agressif, et mène rondement son affaire, truffant ses morceaux de trouvailles rythmiques et d’arrangements glauques, dans la plus pure tradition. Difficile toutefois de se montrer disert à son sujet, sa musique parlant d’elle-même, et par facilité, je pourrais me contenter d’énumérer ses références et de vous renvoyer à l’écoute du produit en question, qui assure sa promotion seul.

Selon son label, The Bleeding Mask of Dread n’est rien de moins que trente-six minutes de Death violent et vicieux, qui s’adresse aux fans de MORBID ANGEL, IMMOLATION, CANNIBAL CORPSE, avec des textes puisant leur inspiration dans les écrits anciens d’Edgar Allan Poe et ceux plus récents de Clive Barker. Alors, que vous soyez plus porté sur le Necronomicon et l’occultisme, ou bien sur les Books of Blood et l’horreur new-wave Gore des 80’s/90’s, ce premier LP aura quelque chose à vous offrir, musicalement évidemment, mais aussi thématiquement. Plus fondamentalement, Phobos et sa créature OBTURATE nous offrent une version actuelle d’un Death sans pitié qui ne rechigne pas à piocher dans le passé pour trouver sa dose de violence. Se présentant sous une succession de plans tous plus brutaux les uns que les autres, ce premier jet à toutefois du mal à s’affilier à la mouvance Brutal Death, malgré un son de batterie compressé à l’extrême et aux échos synthétiques. Si tous les morceaux font montre d’une cruauté artistique palpable, certains, en prônant un mid tempo écrasant font preuve de plus d’imagination, et nous ramènent aux fondements même d’un style qui n’a pas toujours été une course à la vitesse sans but. Ainsi, le plutôt sombre et glauque « Under The Ninth Moon Rain » fait montre d’un désir plus sournois dans l’insertion de ses mélodies maladives, et nous écrase de son tempo martelé comme un leitmotiv, se rapprochant des versions les plus modérées d’un CANNIBAL CORPSE daignant rendre hommage à la vague Thrash US de la fin des années 80. Efficace plus qu’il n’est original, OBTURATE ne cherche pas à bousculer l’ordre établi, mais plutôt à en faire partie à son niveau, très humblement, mais sans oublier ses ambitions au placard.

La production de l’album, plutôt sourde et compacte, loin de desservir les desseins, a tendance à les appuyer de son absence totale d’écho, les fréquences semblant se bouffer entre elles dans un élan de cannibalisme absolu. Certes, et il serait malhonnête de ne pas le souligner, la batterie souffre évidemment de son traitement binaire, et lorsque la grosse caisse programmée se déchaîne dans les triples croches, on a du mal à suivre tant la gravité se fond dans un magma indiscernable. Mais les morceaux les plus chaotiques n’étant pas les plus intéressants en soi, il conviendra de se concentrer sur les interventions les plus lourdes, à l’instar de « Within Their Throat » qui impose une fois encore un climat délétère et des pulsions morbides tout à fait délicieuses, dans la plus grande tradition d’IMMOLATION, en version moins funèbre. Les multiples accélérations, dantesques, ramènent le souvenir du MORBID ANGEL le plus incontrôlé, mais surtout, le spectre du SUFFOCATION le plus dérangé dans son sommeil, apportant un surplus de puissance. Tout n’est bien sûr pas encore parfait, et loin de là, mais Phobos fait preuve d’une malice dans la variation des tempi et des approches, et n’hésite pas à nous bousculer d’un soudain accès de rage limite Thrashcore, via le lapidaire et jouissif « Scarlett Stains Upon The Bodies », beaucoup plus intense que la moyenne. Et les sons traités sont à ce point au premier plan qu’on pense même parfois à une sorte de Death Indus larvé, mixage ultime de deux genres pas si antagonistes que ça, et qui finalement se montre performant, même si les riffs ne sont pas toujours discernables dans cette gravité abyssale ambiante.

Ainsi, d’un projet anecdotique, OBTURATE devient une entame qui laisse à présager d’un futur moins prévisible qu’il n’y parait. Pour le moment, les idées semblent parfois lancées à la volée, mais dès que le cerveau derrière ce hold-up pas si modeste que çà aura agencé ses plans de façon plus pensée, nous aurons sans doute droit à une démonstration de style avec panache, dont les prémices peuvent se trouver dans les interventions les plus efficaces, dont « Bloodbringers » fait indéniablement partie. Mais un certain flair pour décocher des thèmes plus accrocheurs que la moyenne, une tendance à ne pas se contenter du minimum, et des arrangements étrangement mémorisables transforment ce premier album en piste à suivre, et les morceaux les plus volontiers créatifs et ludiques se situant à la fin du métrage (« Obsidian Wraith » son approche médiane sur fond de sifflantes répétitives et obsédantes) font de ce nouveau projet une affaire à suivre. Pas vraiment Death classique, pas vraiment Brutal, légèrement Indus sur les bords, The Bleeding Mask of Dread offre un visage intéressant et des grimaces de circonstances, sans tomber dans la parodie ou l’excès de respect.


Titres de l'album :

                          1. Blue Marks On Her Neck

                          2. Unknown Breed

                          3. Under The Ninth Moon Rain

                          4. On Your Corpse I Spit

                          5. Within Their Throat

                          6. Scarlett Stains Upon The Bodies

                          7. Underneath Your Skin

                          8. Bloodbringers

                          9. Obsidian Wraith

                          10. Wear That Flesh

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par mortne2001 le 11/08/2019 à 18:56
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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